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INTEGRALE -EP166, autour des livres de Jérôme Ferrari, "Très brève théorie de l'Enfer", d'Anne F. Garréta, "DJ. Portrait de l'artiste en animale nocturne" et de Sofia Andrukhovych, "Amadoca"
L’enfer de la guerre, l’enfer de l’esclavage moderne et l’enfer – possiblement paradisiaque - de la nuit… Ce sont trois ouvrages qui ont part liée avec les ténèbres ou du moins l’obscurité que nous nous intéressons aujourd’hui dans ce nouvel épisode de « l’esprit critique » consacré à la littérature.
On y discute en effet de la Très brève théorie de l’enfer située dans les pays du Golfe que propose Jérôme Ferrari chez Actes-Sud, du Portrait de l’artiste en animale nocturne publié au Mercure de France par l’écrivaine et DJ Anne F. Garréta et enfin du grand roman de l’Ukraine intitulé Amadoca de Sofia Andrukhovych, que viennent de traduire les éditions Belfond.
Avec :
• Youness Bousenna, qui chronique l’actualité littéraire pour Télérama
• Copélia Mainardi qui écrit notamment pour Libération
• Blandine Rinkel, écrivaine, musicienne et critique
« L’esprit critique » est un podcast enregistré et réalisé par les équipes de Gong.
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PARTIE 3 -EP165, autour du film "Nouvelle Vague" de Richard Linklater
On revient sur Nouvelle vague, film qui a valu il y a peu le César de la meilleure réalisation à l’américain Richard Linklater. Réalisateur notamment de la trilogie cinématographique Before (Before Sunrise, Before Sunset et Before Midnight) ainsi que de Boyhood, un film tourné sur une période de 12 ans, le cinéaste reconstitue cette fois le tournage du film culte de Jean-Luc Godard, A bout de souffle, avec Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo. Ayant fait le choix de confier les rôles de tout ce qui a constitué la nouvelle vague du cinéma français à des acteurs ressemblant pour la plupart comme deux gouttes d’eau aux originaux, Linklater ouvre son film par une crise d’ego de Jean-Luc Godard pendant laquelle le célèbre cinéaste disparu en 2022 se plaint d’être plaint d’être le dernier critique des Cahiers du cinéma à ne pas avoir réalisé son film. Il intrigue alors auprès du producteur Georges de Beauregard, convainc la star Jean Seberg et constitue son équipe technique avant de lancer son tournage dans les rues de Paris.
Nouvelle Vague, de Richard Linklater est sorti à la rentrée dernière, et est déjà visible en VOD ou sur la plateforme de Canal +
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PARTIE 2 -EP165, autour de "Marty Supreme" de Josh Safdie
Au vu de la campagne promotionnelle et de la campagne menée pour les Oscar autour de Marty Supreme et de son acteur principal Timothée Chalamet, il est sans doute à peine besoin d’en résumer le pitch.
Néanmoins, pour celles et ceux qui auraient réussi à éviter le martelage récent, Marty Mauser est un jeune juif new-yorkais sans le sou, qui vend des chaussures dans le magasin de son oncle et qui, plutôt que de reprendre ce commerce, s’avère prêt à tout – escroquerie, abandon d’amante enceinte, séduction de gloire du cinéma sur le retour, match truqué, aplatissement devant un richissime homme d’affaire ou flirt avec la pègre – pour réaliser son rêve : trouver l’argent pour participer aux championnats du monde de ping-pong – un sport dont l’Amérique d’alors se contrefout – qui se déroulent alors au Japon.
Inspirée par les mémoires du pongiste Marty Reisman, le film est signé Josh Safdie qui signe là sa première réalisation solo après les longs-métrages remarqués qu’il réalisait avec son frère Benny, en particulier Good Times et Uncut Gems.
Marty Supreme est en salles depuis le 18 février dernier.
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PARTIE 1 -EP165, autour du film "Sinners" de Ryan Coogler
Le long-métrage Sinners, succès du box-office et nominé 16 fois – un record historique - à la cérémonie des Oscar du dimanche 15 Mars, est le titre du nouveau film de Ryan Coogler, un cinéaste décidé à s’emparer des formes hollywoodiennes pour faire entendre la voix de la communauté africaine-américaine et montrer le racisme auquel elle doit faire face.
Après avoir s’être approprié l’imagerie de la série « Rocky » avec son film Creed en 2016 puis s’être emparé des films de super-héros avec les deux volets de Black Panther en 2018 et 2022, c’est cette fois le genre du film d’horreur et de vampire, mais aussi le genre du film musical et du film d’époque, qu’utilise le réalisateur pour parler de la condition des noirs aux Etats-Unis.
L’intrigue se déroule dans le delta du Mississippi, au début des années 1930, à l’époque de la ségrégation raciale, de l’exploitation des noirs dans les champs de coton et de la terreur entretenu par le Ku Kluk Klan.
Les jumeaux Smoke et Stack, incarnés tous deux par Michael B. Jordan, l’acteur fétiche de Ryan Coogler, vétérans de la Première Guerre mondiale et après avoir gagné de l’argent avec la pègre de Chicago, décident de racheter un ancien abattoir délabré pour en faire un cabaret de blues destiné aux populations noires et échapper au moins à temps à la ségrégation et aux persécutions, en buvant, dansant et célébrant la musique.
Le film, de la production aux costumes et jusqu’à la réalisation est, à quelques exceptions près, fabriqué en entier par des africains-américains.
Sinners est sorti en France au printemps dernier et est donc déjà disponible en VOD ou sur la plateforme de Canal +.
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INTEGRALE -EP165, autour des films "Sinners" de Ryan Coogler, "Marty Supreme" de Josh Safdie et "Nouvelle Vague" de Richard Linklater
Deux films en lice pour les Oscars qui se tiennent à Los Angeles la nuit de dimanche 15 mars, et un long métrage récompensé à la dernière cérémonie des César. Et trois films saturés chacun de références à une période marquante de l’histoire du cinéma : la Blaxploitation, le Nouvel Hollywood et la Nouvelle Vague.
On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » deux favoris des Oscars, Sinners de Ryan Coogler qui utilise le genre du film du vampire pour s’emparer de l’époque de la ségrégation et Marty Supreme, la première réalisation sans son frère de Josh Safdie sur le parcours d’un ambitieux pongiste incarné par Thimothée Chalamet dans le New York de l’après-guerre. Et comme on avait déjà évoqué dans ce podcasts le troisième favori de la cérémonie des Oscars, à savoir Une Bataille après l’autre de Paul-Thomas Anderson, on parle également de Nouvelle Vague, film reconstituant le tournage d’A bout de souffle qui vient de valoir le César de la meilleure réalisation à son réalisateur, l’américain Richard Linklater.
Avec :
• Occitane Lacurie, membre du comité de rédaction de la revue de cinéma Débordements et de la revue de cinéma décolonial Emitai.
• Alice Leroy, qui écrit dans les Cahiers du cinéma
« L’esprit critique » est un podcast enregistré et réalisé chaque semaine par les équipes de Gong.
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PARTIE 3 -EP164, autour de la rétrospective de la photographe Dana Lixenbeerg, "American Images" à la MEP
Les « images américaines » de la photographe Dana Lixenberg sont exposées à la Maison Européenne de la Photographie, dans le cadre de la première rétrospective en France consacrée à cette artiste néerlandaise parti vivre aux Etats-Unis à la fin des années 1980.
L’exposition est constituée de portraits - des figures publiques du sport et de la musique notamment ou des quidam - réalisés dans le cadre de commandes de magazines ou de travaux plus personnels.
On passe ainsi de figures comme John McEnroe, Tupac Shakur ou Notorious B.I.G, à des ensembles réalisés dans le quartier rouge d’Amsterdam (De Wallen. 2025), dans une petite ville de l’Indiana avec une population de sans logis américaine ; ou au sein d’une communauté iñupiaq vivant sur une île au large de l’Alaska (The Last Days of Shishmaref. 2008).
Le travail le plus connu et le plus ambitieux de Dana Lixenberg, toujours en cours, demeure celui débuté après le soulèvement de plusieurs quartiers de Los Angeles à la suite de l’acquittement des policiers ayant frappé Rodney King en 1992, qui s’intitule Imperial Courts et retrace sur plus de trois décennies la vie dans un ensemble de logements sociaux dans le quartier de Watts.
Dana Lixemberg utilise pour ses photos une chambre 4 x 5 pouces, c’est-à-dire grand format, supposant concentration et immobilité de la part de celles et eux qui se trouvent devant son objectif, définissant son rapport avec ses sujets comme celui d’une « danse lente ».
Le commissariat de cette exposition est signé Marcel Feil et Laurie Hurwitz.
American images a ouvert le 11 février dernier et demeure visible jusqu’à la fin du mois de mai prochain.
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PARTIE 2 -EP164, autour de la proposition de la nouvelle Fondation Cartier, "Exposition Générale"
Après « L’Alerte générale » de Martin Parr, c’est à une « Exposition générale » que nous nous intéressons, en l’occurrence celle que présente la Fondation Cartier pour l’art contemporain à l’occasion de son installation dans son nouveau bâtiment près du musée du Louvre, déménagement et nouveaux locaux dont nous n’allons par reparler d’abord parce que nous avons déjà écrit dessus dans le journal et ensuite parce que nous allons déjà avoir fort à faire avec cette vaste proposition qu’il sera impossible de parcourir pièce par pièce puisque la Collection de la Fondation Cartier est née avec la création de l'institution et rassemble aujourd'hui plus de 4 500 œuvres, 500 artistes de 60 nationalités.
Exposition générale s’articule entre quatre moments, censés correspondre aux quatre lignes de forces de la collection (« Sciences », « Gestes et matériaux » ; « Écologie et mondes vivants » et « Architecture ») en s’ouvrant par un laboratoire architectural intitulé Machines d’Architecture fait de maquettes, dessins, fragments et installations, en se poursuivant par des œuvres résonnant avec des écosystèmes menacés et des limites de l’anthropocentrisme (Être Nature), puis avec une section insistant sur la porosité entre art, artisanat et design (Making Things) et enfin en donnant place à des pratiques artistiques mêlant technologie, fiction et savoirs scientifiques qui esquissent d’autres manières de lire et d’habiter le monde (Un Monde Réel).
Si cette « Exposition générale » intéresse « L’esprit critique » c’est notamment parce que, comparée à la Collection Pinault ou à la Fondation LVMH, la collection regroupée par cette autre marque de luxe qu’est Cartier se distingue de plusieurs façons. Elle n’est pas fondée sur un vaste fond préexistant et des décennies d’achats comme l’ont fait François Pinault et Bernard Arnault mais se compose d'œuvres présentées dans le cadre de sa programmation et de commandes passées à des artistes depuis 40 ans. Elle a fait le parti-pris de donner une place à des créations et des productions venues de géographies souvent peu visibles dans les institutions des capitales occidentales, notamment amazoniennes. Et elle ne se limite pas aux arts visuels mais s’étend à l’architecture, aux sciences humaines et non humaines et plus particulièrement à l’écologie.
Le commissariat général de cette exposition, visible jusqu’à la fin du mois d’août, est signé Béatrice Grenier et Grazia Quaroni.
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PARTIE 1 -EP164, autour de la rétrospective de Martin Parr, "Global Warning" au Musée du Jeu de Paume
Global Warning est le titre très bien trouvé de la rétrospective malheureusement posthume que le musée du Jeu de Paume à Paris consacre au photographe Martin Parr, décédé au mois de décembre dernier. Elle revisite l’œuvre de l’artiste à travers différentes séries réalisées de la fin des années 1970 à nos jours, regroupées en différentes sections intitulées « Terres de loisirs et de déchets », « Tout doit disparaître », « Petite planète » ou encore « Addictions technologiques ».
Dans ces séries débutées dans de petites villes anglaises, notamment à Bristol, où il vécut longtemps et où il est mort, puis étendues aux cinq continents, Martin Parr documente nos modes de vie, nos dépendances à la voiture, nos obsessions de la consommation, nos manières de voyager, avec un regard ironique rendu plus grave par l’accumulation des crises écologiques, et des couleurs saturées soulignant le regard satirique que Martin Parr posait sur le monde, avec une forme de distance qu’il reste à qualifier, entre ironie et proximité.
En près de 180 œuvres, le commissariat de cette exposition, qui a ouvert à la toute fin du mois de janvier dernier et demeure visible jusqu’au 24 mai prochain, a été assuré par Quentin Bajac, en collaboration avec Martin Parr lui-même et Clémentine de la Féronnière.
Global Warning est visible au Jeu de Paume à Paris jusqu’à la fin du mois de mai prochain.
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INTEGRALE -EP164, autour des expositions "Global Warning" de Martin Parr, de l'"Exposition Générale" de la fondation Cartier et à la rétrospective de la photographe Dana Lixenberg
Un avertissement général, une exposition générale et une rétrospective individuelle. Beaucoup de photographies, mais aussi des installations, de la peinture, de la vidéo, de la tapisserie et même de l’art vivant et végétal.
On évoque dans « L’esprit critique » de ce jour la rétrospective malheureusement posthume que le musée du Jeu de Paume consacre au photographe britannique Martin Parr, récemment décédé, et qui s’intitule Global Warning ; la gigantesque proposition intitulée Exposition générale avec laquelle la Fondation Cartier inaugure ses nouveaux locaux et tente de synthétiser quarante années d’activités, et enfin la première rétrospective en France de la photographe néerlandaise longtemps installée aux Etats-Unis Dana Lixenberg qui ouvre la nouvelle saison de la Maison Européenne de la Photographie.
Avec :
• Rose Vidal, critique et autrice
• Margot Nguyen, travailleuse de l’art indépendante
• Hélène Soumaré, critique d’art
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PARTIE 3 -EP163, autour du récit d'Arundhati Roy, "Mon refuge et mon orage" (Gallimard)
Mon refuge et mon orage est le titre du nouveau livre de l’écrivaine indienne Arundhati Roy, publié aux éditons Gallimard dans une traduction d’Irène Margit. « Mon refuge et mon orage » est aussi la manière dont l’essayiste, activiste et romancière célèbre depuis la parution du Dieu des petits riens, décrit celle qui l’a mise au monde dans ce récit qui est à la fois une autobiographie et une autobiographie de sa mère, pour paraphraser le titre du fameux livre de Jamaica Kincaid.
Tout à la fois portrait de « Mrs Roy » ainsi qu’elle a toujours appelé sa mère, portrait d’une écrivaine et portrait d’un pays engagé sur les routes de la fascisation, le récit d’Arundhati Roy nous emmène du Kerala où elle a grandi, à Delhi où elle vit en passant par la vallée de la Narmada où elle a accompagné les luttes contre les grands barrages, les forêts profondes où l’on trouve encore des guérilleros maoïstes dans la région de Raipur ou encore le Cachemire à propos duquel elle écrit qu’après l’avoir découvert « vous ne pouvez pas retourner aux anciennes conversations, aux vieilles blagues, aux plaisirs inoffensifs. L’innocence amorale délibérée, cultivée, de la plupart des Indiens quant à ce qui s’y passe et ce qui est commis en leur nom là-bas devient difficile à supporter. »
Arundhati Roy propose ici un livre dont elle dit que « comparé aux textes de politiques, ou de fiction, le récit qui vient m’a été particulièrement difficile à écrire. »
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PARTIE 2 -EP163, autour de "La mer et son double" de Julia Lepère (Editions du Sous-Sol)
La mer et son double est le titre de l’ouvrage de Julia Lepère, déjà autrice de trois recueils de poésie et qui signe là, aux éditions du Sous-Sol, sa première incursion dans le genre romanesque.
La narration est tissée par deux récits qui alternent l’un avec l’autre. Le premier se situe dans une ville baptisée de sa seule initiale, P., une cité western dans laquelle une femme munie d’une caméra et d’un drone croise des personnages plus ou moins fantomatiques désignés par leurs fonctions – le poète, le pianiste, le sculpteur, la tenancière…
Le second voit une naufragée prénommée Anna et ayant perdu la mémoire repêchée par un cargo au milieu de l’océan Atlantique quelques jours après la disparition tragique d’un des membres d’équipage pendant une nuit de tempêtes et quelques jours avant que le bateau se trouve pris dans les glaces de l’Antarctique.
Faisant le lien entre les deux récits, ces deux femmes, Anne et Anna, doubles qui ne font peut-être qu’une, et un personnage cruel : un certain Peter, aussi Don Juan que criminel.
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PARTIE 1 -EP163, autour du roman de Pauline Peyrade, "Les Habitantes" (Minuit)
Après L’âge de détruire, couronné du prix Goncourt du premier roman en 2023, l’écrivaine et dramaturge Pauline Peyrade signe un deuxième texte romanesque. Il s’intitule Les habitantes et est, comme le précédent, publié aux éditions de Minuit.
A l’orée d’un hameau et d’une forêt, Emily, la trentaine, vit avec sa chienne Loyse dans une maison qui fut celle de sa grand-mère, Moune, au rythme d’une vie oscillant entre observation de la nature lors de promenades, travail dans la ferme tenue par Aude ou baignades dans l’étang voisin.
Un rythme percé, sinon tout à fait perturbé, par l’apparition de missives de plus en plus comminatoires du père d’Emily, annonçant la mise en vente prochaine de la maison et utilisant un vocabulaire de plus en plus notarial et juridique, qui tranche avec la langue attentive aux détails de la nature et de ses peuples du roman.
En effet, ainsi que nous prévient d’emblée la quatrième de couverture de l’ouvrage : « Dans Les Habitantes, chiennes, hirondelles, abeilles, héron, peuplier tremble, champs de chanvres, qu’ils agissent ou non sur les événements de l’histoire, occupent le même plan que les personnages et participent à leur quête »,
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INTEGRALE -EP163, autour des romans de Pauline Peyrade, "Les Habitantes", de Julia Lepère "La mer et son double" et du récit d'Arundhati Roy, "Mon refuge et mon orage"
Trois écrivaines proposant trois récits où les personnages féminins occupent les rôles principaux. Un premier en forme de paysage habité par des êtres et des sensations. Un deuxième qui tir deux fils parallèles, d’une ville inquiétante à un cargo perdu dans les glaces. Et un dernier qui parcourt six décennies de la vie d’une activiste et romancière voyant son pays, l’Inde, sombrer dans la brutalité raciste et fasciste.
On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » le second roman de Pauline Peyrade, Les habitantes, publié aux éditions de Minuit ; la première incursion de la dramaturge Julia Lepère dans le genre romanesque avec un ouvrage intitulé La mer et son double aux éditions du Sous-Sol ; et enfin le récit autobiographique que propose l’indienne Arundathi Roy sous le titre Mon refuge et mon orage, publié chez Gallimard.
Avec :
• Youness Bousenna, qui chronique notamment l’actualité littéraire pour Télérama
• Copélia Mainardi que vous pouvez lire régulièrement dans Libération
• Pierre Poligone, cofondateur de Zone Critique, chargé de cours à l’université Paris 3.
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INTEGRALE -EP 162 : Le théâtre de la justice
Après sa pièce intitulée Léviathan portant sur les comparutions immédiates, qui a beaucoup tourné en 2025, la metteuse en scène Lorraine de Sagazan propose un nouveau spectacle émanant également de son regard posé sur des affaires judiciaires.
Il s’intitule Chiens, était visible récemment aux Bouffes du Nord et, contrairement à Léviathan qui proposait une concaténation de différents récits judiciaires, il est centré sur l’affaire dite « French Bukkake », considérée comme le procès du porno et celui de l’exploitation sexuelle et du viol collectif, sous couvert de travail cinématographique et de réalisation d’une « œuvre de l’esprit », pour reprendre la défense du principal accusé dans le cadre d’un procès encore à venir, puisque la date des audiences n’a pas été fixée.
Chiens part d’une réalité dans laquelle dix-sept personnes ont été renvoyées en 2023 devant la cour criminelle pour des faits de viol, viol en réunion, traite d’êtres humains et proxénétisme aggravé, mais où les qualifications de torture et d’acte de barbaries ont été rejetées.
Dans la note d’intention qui accompagne le spectacle, Lorraine de Sagazan affirme : « Je souhaite affirmer l’essence performative d’une œuvre : non pas représenter mais agir. » Une exigence dont elle a fait le déterminant de son processus de création depuis que, pendant le confinement de 2020, elle a inauguré un nouveau protocole de travail en menant, dans les théâtres alors fermés, environ 300 entretiens. Ces derniers lui ont permis d’identifier des insuffisances et des manques du monde social, auxquels elle a tenté de « répondre » par des actes théâtraux.
Cette démarche l’a conduite à enquêter au cœur de l’institution judiciaire, clé de voûte du schéma social et civique, frappée par le délabrement du service public et marquée, selon elle, « par un écart radical entre les valeurs de neutralité, d’impartialité, d’égalité et la réalité de ses effets ».
Pour élaborer Chiens, Lorraine de Sagazan a rencontré plusieurs victimes, ainsi que des avocats et avocates des parties civiles, et assume d’avoir eu « l’opportunité rare de travailler sur des dossiers auxquels [elle a] accéd[é] en intégralité malgré le secret des sources ».
Elle crée ainsi un spectacle éprouvant qui croise musique baroque et paroles barbares, dans un dispositif scénique où acteurs et musiciens réinterprètent des cantates de Bach, tandis que sur un écran de forme circulaire sont projetés les mots et une vidéo de ceux qui ont commis ces crimes. Acteurs et musiciens se déplacent sur une scène occupée par des amas de tissus en apparence pris dans l’eau et en réalité dans une forme de gélatine, dans un décor qui peut évoquer aussi bien une décharge qu’une scène post-apocalyptique.
Quand on entre, sur les murs du théâtre des Bouffes du Nord, avant que n’y soient projetées les paroles des chants baroques, est inscrit un avertissement disant : « Ce spectacle contient des descriptions de violences sexuelles, d’exploitations et d’humiliations racistes et sexistes. » On nous invite ainsi « à prendre soin de nous » et « à nous sentir libre de quitter la salle à tout moment ».
On partira de cette proposition pour questionner plus largement le travail scénique de Lorraine de Sagazan sur la justice, et le mettre en perspective dans un moment où la forme du procès et la forme théâtrale se croisent de plus en plus souvent, et où les arts de la scène s’emparent de matériaux judiciaires.
Que l’on pense au procès Pelicot donné au dernier Festival d’Avignon par Milo Rau et Servane Dècle, synthétisé dans un livre qui paraît ces jours-ci chez Flammarion ; à la proposition d’Olivier Coulon-Jablonka et Sima Khatami intitulée Non-lieu à partir de l’affaire Rémi Fraisse, présentée au dernier festival d’Automne, ou encore à Notre procès, de Bérénice Hamidi et Gaëlle Marti, pièce dans laquelle les spectateurs et spectatrices deviennent juré·es d’un procès fictif intenté au poète André Chénier, revenu pour l’occasion d’entre les morts.
Avec :
- Zineb Soulaimani, que vous pouvez lire dans Le Quotidien de l’art et dont vous pouvez aussi écouter le podcast « Le Beau Bizarre » ;- Caroline Châtelet, qui écrit pour ScèneWeb et les trimestriels Théâtre, Novo et Jeux ;- Vincent Bouquet, dont vous pouvez retrouver la plume sur ScèneWeb.« L’esprit critique » est un podcast enregistré aujourd’hui par Corentin Dubois et réalisé par Etienne Bottini.
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PARTIE 3 -EP161, autour du film de Kelly Reichardt, "The Mastermind"
Après avoir détourné les codes du western dans son film First Cow, la cinéaste Kelly Reichardt revient avec un long-métrage qui revisite le film de braquage. Intitulé, The Mastermind, le nouvel opus de la réalisatrice met en scène, au début des années 1970, un braquage dans le musée de la petite ville de Framingham dans le Massachusetts.
Écho à un véritable braquage qui eut lieu en mai 1972 dans le musée de Worcester, près de Boston, où furent dérobés deux Gauguin, un Picasso et un Rembrandt, les ravisseurs s’emparent dans le film de quatre tableaux plus modestes, réalisés par Arthur Dove ‘né en 1880 et mort 1946), considéré comme le premier peintre abstrait aux États-Unis.
The Mastermind est un titre ironique, puisque l’initiateur du cambriolage joué par Josh O-Connor – menuisier au chômage fils d’un juge de la ville - n’a pas grand-chose d’un cerveau génial et que sa fuite dans une Amérique marquée par les mouvements de protestation contre la guerre du Vietnam est à l’image du braquage : sans gloire ni issue.
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PARTIE 2 -EP161, autour du film de Park Chan-wook, "Aucun autre choix"
Aucun autre choix est le titre du nouveau long-métrage du coréen Park Chan-wook, réalisateur notamment de Old Boy, film où la vengeance était un plat qui se mangeait glacé, ou de Decision to leave, récompensé par le prix de la mise en scène à Cannes voilà quelques années.
Dans ce film à la fois comédie, critique social et thriller, inspiré d’un polar américain à succès d’ailleurs déjà adapté au cinéma il y a 20 ans au cinéma par Costa Gavras, un père de famille licencié après le rachat de son entreprise de papeterie décide d’éliminer physiquement ses concurrents potentiels pour un poste dans une autre papeterie.
Incarné par Lee Byung Hul, star du cinéma coréen et visage du méchant dans la série Squid Games, le personnage principal passe ainsi du statut d’homme comblé par sa vie professionnelle, personnelle et matérielle à meurtrier prêt à tout pour sauver sa jolie maison, les cours de violoncelle de sa fille surdouée et l’abonnement Netflix de la maisonnée.
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PARTIE 1 -EP161, autour du film "Send Help" de Sam Raimi
Send Help est le titre du nouveau film du réalisateur Sam Raimi, révélé au début des années 1980 avec Evil Dead puis rendu célèbre avec sa trilogie des Spider-Man, un cinéaste oscillant entre les exigences et les codes d’Hollywood et une veine plus singulière marquée par des longs-métrages comme Drag me to Hell, ou Jusqu’en enfer en bon français. Dans ce long-métrage, qui mélange avec jubilation les genres du gore, de la comédie noire, de la comédie romantique, de la satire et du film de naufragés, les acteurices Dylan O’Brien et Rachel McAdams se retrouvent sur une île déserte du golfe de Thaïlande après le crash de l’avion privé qui devait les transporter à Bangkok. Le premier, Bradley Prestion, vient d’hériter, après la mort de son père, d’une importante entreprise de conseils qu’il gère avec arrogance. La seconde, Linda Liddle, employée douée de cette entreprise, espérait se voit promue par le père, mais s’est vu préférer le camarade de golf et d’études du fils. Cependant, cette adepte des techniques survivalistes est beaucoup plus apte à affronter la réalité d’une île hostile que celui qui, bien que blessé et impuissant, à tendance à se considérer toujours comme son chef, même si le film promet un certain nombre de rebondissements dans la relation d’amour-haine qu’entretiennent les deux personnages.
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INTEGRALE -EP161, autour des films "Send Help" de Sam Raimi, "Aucun autre choix" de Park Chan-Wook et "The Mastermind" de Kelly Reichardt
Deux films-fables sanguinolents, mêlant les genres et les registres, sur les méfaits du capitalisme et de la concurrence entre employés, et un long-métrage revisitant et détournant les codes et les rythmes du film de braquage.
On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » le nouveau film de Sam Raimi, intitulé Send Help qui plonge un jeune PDG arrogant et son employée mal à l’aise en société mais douée en maths et survivalisme dans le huis-clos d’une île déserte après un accident d’avion. Puis, dans un tout autre univers mais avec une thématique et une volonté de mêler comédie et noirceur relativement proche, la proposition du coréen Park Chan-Wook titré Aucun autre choix. Et enfin, on revient sur le nouveau long-métrage de l’américaine Kelly Reichardt, The Mastermind, titre ironique pour désigner le vol plus chaotique que stratégique de quatre tableaux dans un musée du Massachussetts au début des années 1970.
Avec :
• Occitane Lacurie, membre du comité de rédaction de la revue de cinéma Débordements, et de la revue de cinéma décolonial Emitai.
• Alice Leroy, qui écrit dans les Cahiers du cinéma
• Raphaël Nieuwjaer, qui écrit aussi aux Cahiers du Cinéma, ainsi que pour la revue Études
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PARTIE 3 -EP160, autour de l'exposition "Tenter l'art pour soigner" à l'IMA
« Tenter l’art pour soigner : à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville dans les années 1960 » est le titre de l’exposition, petite par la taille mais dense dans le propos et longue par la durée, qui se tient à l’Institut du monde arabe depuis la fin du mois d’octobre 2025 et jusqu’au mois de juin.
Elle est issue de la donation à l’IMA, en 2021, d’un ensemble d’archives du docteur Cadour – céramiques peintes et planches dessinées à la gouache, exécutées dans les années 1960 au cours d’ateliers de « socialthérapie » menés dans cette institution située à quelques encablures au sud d’Alger.
Un des objectifs de la socialthérapie est de responsabiliser les malades en leur faisant organiser eux-mêmes certaines de leurs activités, notamment à travers un hebdomadaire intitulé Notre journal censé être le ciment d’une réforme d’ampleur de cet hôpital conçu et construit pendant la colonisation pour en faire une « communauté thérapeutique » où pensionnaires, infirmiers et psychiatre collaborent pour réaliser des choses, à l’instar de ce journal.
Sous ses airs confidentiels, cette exposition est marquée par un grand nom, celui de Frantz Fanon, qui officia comme médecin-chef dans cette institution psychiatrique entre 1953 et 1956, avant que son nom soit donné à cet hôpital après l’indépendance de l’Algérie.
Elle est aussi une incarnation d’un « art brut », terme utilisé par le peintre Jean Dubuffet pour désigner les productions plastiques de personnes exemptes de culture artistique et pratiquant un art qui s’ignore.
Le commissariat de cette exposition est signé Djamila Chakour.
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PARTIE 2 -EP160, autour de la rétrospective de la photographe Denise Bellon, au musée d'art et d'histoire du Judaïsme
Le Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris présente la première rétrospective consacrée à Denise Bellon (1902-1999), pionnière du photojournalisme et figure du milieu surréaliste dont elle a documenté plusieurs des manifestations éphémères et dont les images constituent parfois les rares traces. Le Mahj documente ainsi, avec 300 photographies, objets, lettres et publications, un parcours singulier et largement méconnu, allant des années 1930 aux années 1970.
Née à Paris dans une famille juive originaire d’Alsace et d’Allemagne, Denise Bellon (née Hulmann) s’initie à la photographie au Studio Zuber avant de cofonder Alliance Photo, une des première agence photographique de l’entre-deux-guerres. Influencée par l’esthétique dite de la « Nouvelle Vision », elle réalise de nombreux reportages à l’étranger, dans les Balkans, en Finlande, en Afrique et réalise aussi des commandes publicitaires. Elle photographie aussi bien la « zone » parisienne que les expositions surréalistes, l’Occupation allemande à Lyon pendant la Seconde Guerre mondiale que l’industrialisation de la France.
En 1940, elle épouse Armand Labin, journaliste juif roumain engagé dans la Résistance, qui sera ensuite le fondateur du quotidien Midi Libre, pour lequel elle couvrira notamment un maquis antifranquiste en vallée de l’Aude, avec son outil de prédilection qu’est l’appareil Rolleifles et ses négatifs de format carré 6x6 cms.
Le commissariat de cette exposition qui a ouvert en octobre dernier et demeure visible jusqu’au mois de mars prochain est signé Éric le Roy et Nicolas Feuille.
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PARTIE 1 -EP160, autour de la rétrospective Mickalene Thomas au Grand Palais
Le Grand Palais à Paris est, en ce moment, occupé par trois femmes artistes : la plasticienne et photographe africaine-américaine Mickalene Thomas à laquelle l’institution consacre une vaste rétrospective sur deux décennies de son travail intitulée All About Love ; mais aussi la peintre française Claire Tabouret qui expose les maquettes grandeur nature, esquisses et travaux préparatoires des six vitraux qu’elle a réalisés dans le cadre de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris avec une proposition intitulée « D’un seul souffle » ; et enfin la sculptrice Eva Jospin qui présente une quinzaine d’œuvres, composées à partir de sa matière de prédilection qu’est le carton, dans un parcours intitulé « Grottesco », fait de forêts, grottes et architectures végétales et minérales en forme de petits bas-reliefs ou de cénotaphes grandeur nature.
L’exposition de Mickalene Thomas doit son titre à un livre fondateur de la théoricienne bell hooks, disparue en 2021 et s’empare des représentations des femmes noires dans l’art et la culture populaire dans une perspective queer, féministe et noire, en usant de peintures, paillettes, collages ou vidéos…
« Mon art s’enracine principalement dans la découverte de soi, la célébration, la joie, la sensualité, et dans un besoin de voir des images positives des femmes noires dans le monde », dit notamment cette artiste née au début des années 1970 dans le New Jersey.
Le commissariat de cette exposition co-organisée par le Grand Palais, la Hayward Gallery de Londres, et Les Abattoirs de Toulouse est assurée par Rachel Thomas, Conservatrice en chef à la Hayward Gallery ; Lauriane Gricourt, Directrice des Abattoirs, le Frac Occitanie situé à Toulouse et Erin Jenoa Gilbert, curatrice indépendante.
« D’un seul souffle », de Claire Tabouret et« Grottesco » d’Eva Jospin sont visibles jusqu’au 15 mars prochain. All About Love jusqu’au 5 avril.
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INTEGRALE -EP160, autour des rétrospectives de la plasticienne Mickalene Thomas et de la photographe Denise Bellon, et de l'exposition "Tenter l'art pour soigner"
Peintres, sculptrices, plasticiennes ou photographes… « L’esprit critique » de ce jour sera largement consacré à des femmes artistes. On s’intéresse en effet à la rétrospective de l’artiste africaine-américaine Mickalene Thomas que propose le Grand Palais. On se rendra ensuite au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris qui offre un parcours exhaustif au travail largement méconnu de la photographe Denise Bellon. Et pour finir, on ira visiter l’Institut du Monde Arabe, pour une exposition consacrée à l’art thérapeutique tel qu’il fut mis en place à l’hôpital psychiatrique de Blida en Algérie.
Avec :
• Rose Vidal, critique et autrice, qui écrit notamment pour le quotidien AOC.
• Margot Nguyen, travailleuse de l’art indépendante.
• Et Hélène Soumaré, critique d’art.
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PARTIE 3 -EP159, autour du spectacle "Israel et Mohamed" de Mohamed El Khatib et Israel Galvan
Israel & Mohamed est à la fois le nom d’un spectacle et la réunion des prénoms de ses deux protagonistes, le danseur de flamenco Israel Galvan et le plasticien, acteur et metteur en scène, Mohamed El Khatib, dont nous avions évoqué ici la rétrospective au Grand Palais au printemps dernier.
La pièce a été créée l’été dernier au Festival d’Avignon, puis reprise en décembre dans le cadre du Festival d’Automne qui consacrait un focus à Israel Galvan, et part en tournée dans plusieurs villes de France jusqu’au printemps.
Prenant pour point de départ leur passion commune du football, le dialogue entre ces deux figures de la scène contemporaine se déploie en rapport avec leur rapport difficile à leurs pères respectifs et l’incompréhension de ces derniers vis-à-vis du parcours de leurs fils. Le père de Mohamed Khatib, qui l’a élevé à la dure et dans la tradition, était un ouvrier venu du Maroc et installé à Orléans. Celui d’Israel Galvan est un andalou, danseur de flamenco, qui n’apprécie guère la manière, iconoclaste jusqu’à être burlesque, dont son fils s’est emparé de la tradition du flamenco.
Sur scène, donc, après un petit échauffement, on voit donc à gauche Mohamed, tee-shirt jaune flashy imprimé « Morocco » et à droite, Israel, en djellaba bleu ciel prêtée par le père de Mohamed. Chacun a installé une sorte d’autel surmonté d’un portrait de son papa.
Israel & Mohamed, après le festival d’Avignon et le festival d’Automne, joue en ce moment au Havre et ce sera bientôt à Douai, Rennes, Genève et Nantes.
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PARTIE 2 -EP159, autour de la mise en scène de Séphora Pondi, "Bestioles"
Bestioles, la première mise en scène de l’actrice et pensionnaire de la Comédie française Séphora Pondi, met aussi en plateau des personnages adolescents.
Séphora Pondi, également autrice d’un roman remarquée à la rentrée de septembre dernier intitulé Avale que nous avions évoqué dans « L’esprit critique », adapte ici une pièce de l’auteur australien Lachlan Philpott, intitulée L’Aire poids lourds. Une pièce écrite à partir d’un fait divers survenu dans une banlieue populaire de la ville de Sidney où deux très jeunes filles se prostituaient auprès de chauffeurs routiers.
Bestioles est centré sur un trio féminin constitué de Bee et Ellie, 14 ans toutes les deux, bientôt rejointes par Freyya, venue du sous-continent indien, au-départ réticente au monde pop, hyper-sexualisé et tout en miroir réel ou numérique du duo initial, mais bientôt prête à les rejoindre pour partir en soirée à quelques heures de train…
La pièce est donnée au Studio-Théâtre de la Comédie française jusqu’au 1er mars prochain, avec quatre acteurs et actrices récemment pensionnaires de la prestigieuse institution.
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INTEGRALE -EP159, autour des spectacles de Joël Pommerat, "Les petites filles modernes", de Séphora Pondi, "Bestioles" et de Mohamed El Khatib et Israel Galvan, "Israel et Mohamed"
Deux spectacles sur l’adolescence, et plus particulièrement l’adolescence des filles, l’un dans une veine surnaturelle et hallucinée, l’autre dans une approche réaliste et sexualisée. Et, de l’autre côté du spectre, une pièce en forme de rencontre entre deux hommes ayant passé la quarantaine mais néanmoins confrontés aux figures parentales, à savoir un danseur de flamenco iconoclaste dont le moyen d’expression est d’abord le corps et une figure du théâtre contemporain connu pour être un beau parleur.
On évoque dans « l’esprit critique » de ce jour d’abord la nouvelle proposition du metteur en scène Joël Pommerat intitulée Les petites filles modernes (titre provisoire) ; avant d’aller voir la première mise en scène de la comédienne et autrice Séphora Pondi qui adapte un texte de l’auteur australien Lachlan Philpott sous le titre Bestioles, puis enfin ce que donne le duo entre Mohamed El Khatib et Israel Galvan dans la pièce baptisée de leurs deux prénoms, Israel & Mohamed, créée au Festival d’Avignon tourne depuis dans différentes villes de France.
Avec :
• Zineb Soulaimani, que vous pouvez lire dans Le Quotidien de l’art et dont vous pouvez aussi écouter le podcast « Le Beau Bizarre ».
• Caroline Châtelet, qui écrit pour ScèneWeb et les trimestriel Théâtre, Novo et Jeux.
• Vincent Bouquet dont vous pouvez retrouver la plume sur ScèneWeb.
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PARTIE 1 -EP159, autour du spectacle de Joël Pommerat, "Les petites filles modernes" (Titre Provisoire)
Dans la dernière pièce du metteur en scène Joël Pommerat, intitulée Les petites filles modernes (titre provisoire), deux jeunes filles font un pacte d’amitié radicale défiant non seulement l’autorité des parents voulant les séparer, mais aussi les lois du réel, puisqu’elles embarquent dans un univers fantastique et inquiétant.
Dans une atmosphère presque toujours nimbée d’obscurité, les peurs et passions des deux jeunes filles se déploient de la chambre à coucher de l’une à des univers surnaturel - miroirs de cauchemars ou lieux de passage – qu’explorent les deux adolescentes reliées entre elles par de puissants sentiments et des téléphones portables qui ne répondent pas toujours. La pièce de Joël Pommerat, interprétée par Coraline Kerléo, Marie Malaquias et Éric Feldman était récemment donnée au théâtre Nanterre Amandiers à l’occasion de la réouverture de sa grande salle après travaux, et tourne dès maintenant dans plusieurs villes de France.
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PARTIE 3 -EP158, autour du roman "Chair" de David Szalay, publié chez Albin Michel
Chair est le titre du livre du romancier britannique d’origine hongroise David Szalay. Il est publié chez Albin Michel dans une traduction de l’anglais effectuée par Benoît Phillipe. On y suit le parcours d’István, depuis ses 15 ans lorsqu’il emménage avec sa mère dans un immeuble populaire d’une petite ville de Hongrie où il découvre la chair et le sexe avec une voisine nettement plus âgée, jusqu’à son retour dans ce pays des décennies plus tard.
Entretemps, István, dont le torse musclé sous un t-shirt humide de sueur nous est décrit à plusieurs reprises, sera allé se battre en Irak ; aura travaillé dans la sécurité pour un club de strip tease à Londres ; aura été chauffeur d’un homme d’affaires richissime ; aura finalement conduit la Bentley pour lui-même et non pour quelqu’un d’autre ; aura été un amant, un beau-père, un mari, un père, un veuf…
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PARTIE 2 -EP158, autour du récit d'Eric Vuillard, "Les orphelins. Une histoire de Billy the Kid", publié chez Actes Sud.
Les orphelins, sous-titré Une histoire de Billy the Kid est le nouveau récit de l’écrivain Éric Vuillard, prix Goncourt en 2017 pour L’ordre du jour et auteur, notamment, de Tristesse de la Terre, qui nous emmenait déjà sur les traces d’une autre figure mythique du Far West de la deuxième partie du XIXe siècle, en l’occurrence Buffalo Bill. Il est publié aux éditions Actes-Sud.
De Billy The Kid, hors-la-loi de l’Ouest américain mort à 21 ans en 1881, il nous reste une image abîmée et un imaginaire bien ancré, fondé sur la légende élaborée par celui-là même qui abattit le jeune bandit à Fort Summer, à savoir le shérif Pat Garrett, qui publia un livre fameux intitulé Vie authentique de Billy the Kid et connut un grand succès populaire.
Éric Vuillard écrit, lui, son récit à la fois dans l’ombre portée de celui de Pat Garrett, qui demeure la principale source disponible sur la courte mais intense vie de Billy, tout en voulant offrir au kid un tombeau littéraire qui ne soit pas dominé par les écrits de son meurtrier. En cherchant pour cela à redonner vie, parole et agentivité à ces « vauriens qui ne peuvent pas témoigner pour eux-mêmes, puisque les garçons vachers et les bandits sont en quelque sorte un monde clos, sans soutien extérieur, que l’Histoire est écrite par d’autres » ?
Pour l’écrivain, « le nom de Billy est un ressort. Il est le nom de la fiction proprement dite, il est le personnage par excellence. Il suffit de prononcer son nom et l’histoire commence ». Comment alors, Éric Vuillard, s’empare-t-il de cette figure alors que, comme il l’écrit, dès les années 1930, « l’Ouest est déjà une franchise lucrative. On la décline depuis longtemps à toutes les sauces, feuilletons, superproductions, visites guidées. Et, parmi quelques autres fantômes, le Kid est devenu une figure incontournable, un résumé de la vie de la Frontière, un condensé de l’Amérique, un mythe mondial » ?
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PARTIE 1 -EP158, autour de "Protocoles" de Constance Debré, publié chez Flammarion
Protocoles est le titre du nouveau livre de l’écrivaine Constance Debré, autrice notamment de Play Boy, Nom, Offenses ou encore Love me tender tout récemment adapté à l’écran. Il est publié aux éditions Flammarion.
La petite fille de l’ancien premier ministre du général De Gaulle, Michel Debré, y poursuit son dézingage des règles et des codes de la société bourgeoise dont elle est issue et qu’elle a quittée en même temps que sa robe d’avocate pénaliste.
Comme dans son dernier livre, Offenses, l’écriture est toutefois moins autobiographique que dans ses premiers ouvrages, et se concentre sur la violence des lois qui organisent la société et plus particulièrement sur la façon dont elles punissent les déviations.
Mais Protocoles change de géographie en se focalisant sur les Etats-Unis et leurs façons d’administrer la mort puisque les « protocoles » dont il est question dans le titre sont ceux mis en œuvre pour exécuter les condamnés, protocoles qui varient selon les différents États et selon les époques, et que l’écrivaine nous donne à lire, saisir et voir même s’il n’en existe quasiment pas d’images : « Les hommes électrocutés par chaise électrique ne meurent pas de mort cérébrale lors de la première décharge mais de cuisson des organes au cours de la deuxième ou troisième décharge. (…) Les yeux sortent souvent de leurs trous, tombent et pendent sur les joues. »
« La meilleure manière de tuer est une quête » écrit encore Constance Debré dans ce livre qui juge que « la loi rend toute la littérature obsolète. J’ai lu j’ai traduit j’ai recopié le document. Il n’y avait rien à retrancher. Il n’y avait rien à ajouter. Ni Dante, ni Dostoïevski ni Camus ni Kafka, etc. »
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INTEGRALE -EP158, autour de "Protocoles" de Constance Debré ; "Les Orphelins", d'Eric Vuillard et "Chair" de David Szalay
Deux livres sur l’Amérique proposés par des écrivains français et un ouvrage dont le personnage principal évolue des faubourgs d’une terne ville de Hongrie jusqu’aux quartiers huppés de Londres en passant par la guerre en Irak. Et des histoires du passé qui nous mènent aux problématiques du présent ou des phénomènes contemporains dont on cherche à saisir la généalogie.
Il est question dans « L’esprit critique » de ce jour de trois récits : Protocoles, le dernier ouvrage de Constance Debré publié chez Flammarion ; Les orphelins, le nouveau récit d’Éric Vuillard consacré à la figure de Billy the Kid qui sort chez Actes-Sud et enfin du nouveau roman du britannique David Szalay, intitulé Chair que font paraître les éditions Albin Michel.
Avec :
• Lise Wajeman, professeure de littérature comparée qui chronique l’actualité littéraire pour Mediapart
• Youness Bousenna, qui chronique l’actualité littéraire pour Télérama
• Copélia Mainardi qui écrit notamment pour Libération.
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INTEGRALE EP-157, autour de "Father, Mother, Sister, Brother" de Jim Jarmusch et "Palestine 36", d'Annemarie Jacir
« L’esprit critique » reprend ses activités en 2026 avec une émission consacrée au cinéma. On évoquera en premier lieu le long métrage du cinéaste Jim Jarmusch Father Mother Sister Brother qui a reçu le Lion d’or au dernier festival de Venise avec un film situé entre le jeu des 7 familles et le jeu des 7 différences.
Et ensuite, on prendra le temps, à partir de la sortie de la superproduction historique intitulée Palestine 36, signée de la réalisatrice Annemarie Jacir, de réfléchir à ce que le cinéma parvient – ou pas – à raconter de la Palestine depuis plus de deux ans que Gaza est anéantie et interdite d’accès.
Avec :
•Alice Leroy, qui écrit pour les Cahiers du Cinéma.
• Raphël Nieuwjaer qui écrit aussi pour les Cahiers du Cinéma ainsi que pour Etudes.
• Corentin Lê, critique de cinéma et chercheur en études visuelles, directeur éditorial d'Emitaï toute nouvelle revue de cinéma décolonial.
« L’esprit critique » est un podcast enregistré par Corentin Dubois et réalisé par Karen Beun.
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PARTIE 1 -EP157, autour de "Father, Mother, Sister, Brother" de Jim Jarmusch
Father Mother Sister Brother est le titre du nouveau long-métrage du cinéaste Jim Jarmusch, doté d’un casting XXL avec notamment Adam Driver, Tom Waits, Cate Blanchett, Charlotte Rampling ou encore Vicky Krieps.
En forme de triptyque, le film, récompensé par le Lion d’or du dernier festival de Venise, évoque successivement trois moments familiaux situés dans des pays différents : Etats-Unis, Irlande et France.
Ces situations en apparence indépendantes les unes des autres, jouées par des acteurs et actrices différentes, sont néanmoins reliées entre elles par leur narration faite d’un parcours en voiture d’enfants adultes les menant jusqu’au domicile parental ; la mise en scène de malaises relationnels à l’intérieur de familles où semble circuler beaucoup de distance mais aussi pas mal d’amour ; des scènes qui se font écho puisqu’on trinque dans chaque histoire avec des récipients ne contenant pas d’alcool ; ou encore des clins d’œil avec, à chaque fois, l’apparition d’une montre Rolex à l’authenticité plus ou moins contestable, ou encore l’emploi de l’expression « Bob is you Uncle », une vieille expression britannique une traduction française pourrait être « et voilà ».
Dans la première histoire, un frère et une sœur, rendent visite à leur père, qui, en apparence, vit en ermite désargenté dans sa maison en bordel au bord d’un lac. Dans la seconde, deux sœurs aux apparences opposées rendent leur visite annuelle et rituelle à leur mère écrivaine pour un thé très chorégraphié. Dans la dernière, deux jumeaux se retrouvent à Paris dans l’appartement vide de leurs parents après l’accident qui a emporté ces derniers.
Father Mother Sister Brother est sorti sur les écrans le 7 janvier dernier.
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PARTIE 2 - EP157, autour de "Palestine 36", d'Annemarie Jacir
Palestine 36 serait rien de moins que le « film le plus ambitieux jamais réalisé en Palestine parce que des décorateurs aux créateurs de costumes, en passant par les accessoiristes, nous sommes tous Palestiniens » selon les mots de sa réalisatrice, la cinéaste Annemarie Jacir, née en 1974 à Bethléem et autrice notamment, avant cela, du long-métrage intitulé Le Sel de la mer.
Il s’agit en tout cas d’une grande coproduction internationale soutenue notamment par la BBC et la société française MK Production qui mélange images de fiction et archives pour nous ramener en 1936, aux origines de la révolte arabe contre le mandat britannique.
A l’origine, l’équipe, qui avait choisi des dizaines de lieux en Cisjordanie, fait coudre et broder des costumes traditionnels et collecté beaucoup d’accessoires anciens, restaurant même un village entier près de la ville de Salfit, devait commencer à tourner le 14 octobre 2023…
La production a alors dû se délocaliser au nord de la Jordanie même si la réalisatrice parvient, à l’automne 2024, à boucler le tournage en Palestine, notamment à Jérusalem et Bethléem parce que, pour la citer encore, elle ne voulait pas « faire un film d'exilée ».
Le film prend donc racine dans un moment où après la célèbre déclaration du secrétaire d’État britannique Lord Balfour prônant, en 1917, l'établissement d'un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine et à la suite des « accords » post-Première Guerre mondiale qui dépècent l’ancien Empire Ottoman, débute, en 1923, un mandat britannique sur les territoires aujourd’hui occupés par la Jordanie, de la Cisjordanie, d'Israël et de la bande de Gaza.
Une sortie qui est pour « L’esprit critique » l’occasion de réfléchir plus généralement aux films – très différents mais souvent ratés – qui ont pris la Palestine en général et Gaza en particulier depuis deux ans que la bande palestinienne subit une guerre génocidaire : From Ground Zero, La Voix de Hind Rajab, Put Your Soul on Your Hand and Walk, No Other Land, Chroniques d'Haïfa, Voyage à Gaza, Once Upon a Time in Gaza… Une réflexion appuyée notamment sur un récent dossier des Cahiers du Cinéma intitulé « Gaza. Et maintenant que fait le cinéma ? »
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PARTIE 3 -EP156, autour des expositions "Manga. Tout un art !" au Musée Guimet
Manga, tout un art ! est le titre- attirant tout un public de jeunes gens qui n’auraient pas forcément poussé autrement les portes du musée – d’une exposition en trois temps proposée par le Musée Guimet, musée national des arts asiatiques situé à Paris, dont la présidente, Yannick Lintz, vient de voir son mandat renouvelé à la tête de cette institution.
Le principe de cette exposition est de s’intéresser aux origines des fameuses BD japonaises qui concentrent l’essentiel des achats effectués par les jeunes avec le Pass Culture.
D’abord avec une section qui expose l’histoire du manga où des planches et des revues originales sont mises en regard avec des objets et des œuvres graphiques des collections du musée Guimet.
Ensuite en montrant comment, dès avant la fin du 19ème siècle, la société japonais a donné naissance à des œuvres graphiques dont certaines caractéristiques pourraient être qualifiées de « mangaeques » : intrication des mots et des images, représentation du mouvement, goût pour le fantastique et les créatures étranges…
Et comment aussi, à côté de cette tradition visuelle, les modes de production et de diffusion des livres illustrés présentent des parentés avec ceux des mangas : fidélisation par la feuilletonnisation, recours à des formes dérivés, diffusion recourant parfois à des matières de faible qualité…
Enfin en présentant une dernière section intitulée Sous la Grande Vague qui s’intéresse à la postérité graphique du fameux tableau du peintre japonais Hokusai datant de 1831.
Le commissariat de ces expositions qui ont ouvert à la mi-novembre et durent jusqu’au mois de mars prochain a été assuré par Estelle Bauer, conservatrice des collections Japon au musée Guimet et Didier Pasamonik, éditeur, journaliste et directeur de la rédaction d’ActuaBD.
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PARTIE 2 -EP156, autour de l'exposition "Magdalena Abakanowicz. La trame de l'existence" au Musée Bourdelle
Coton, résine, bois, acier, fer, jute, laine, chiffons… Le musée Bourdelle, dans le 15ème arrondissement de Paris, consacre une rétrospective aux multiples matières de l’artiste polonaise Magdalena Abakanowicz, née en 1930 et morte en 2017. Cette dernière fut une représentante du renouveau de l’art textile, aux côtés de noms comme Olga de Amaral que nous avions évoquée dans ce podcast. Mais le parcours proposé ici nous révèle la dimension protéiforme d’une œuvre qui nous mène de gigantesques sculptures textiles rouges ou grenats qu’elle nomme « abakans » comme pour souligner qu’elles demeurent reliées à elle, jusqu’à des ensembles de silhouettes soit dansantes, soit sans tête, soit à genou et de dos, soit comme enfermées et à moitié effacées dans ce qui peut ressembler autant à un sarcophage qu’à un bas-relief… Tout cela en passant aussi par des dessins de mouches agrandies et dessinées au fusain ou des arbres enserrés dans du métal. L’exposition a ouvert le 20 novembre dernier et sera visible jusqu’au 12 avril prochain. Son commissariat est assuré par Ophélie Ferlier Bouat.
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PARTIE 1 -EP156, autour de l'exposition "Luc Delayahe. Le bruit du monde" au Jeu de Paume
Le musée du Jeu de Paume à Paris propose une rétrospective grand format à Luc Delahaye, l’un des noms importants de la photographie de guerre dans les années 1990, membre de l’agence Magnum, avant de délaisser le terrain de la photographie de presse pour intégrer avec un succès certain les murs des galeries et le marché de l’art, grâce à des photos toujours ancrées dans l’actualité mais présentées comme de larges tableaux et composées mais aussi recomposées grâce à des techniques particulières de post-production.
Autant dire que la rétrospective du photographe nous intéresse bien sûr parce que l’objectif de Luc Delahaye a capté certains grands moments de l’histoire mondiale, de la guerre d’Irak à la violence en Haïti, de l’explosion de la Syrie à la chute de Kadhafi en Libye ; de la guerre d’Ukraine à certaines conférences de l’OPEP ou de la COP.
Mais aussi parce que Luc Delahaye a poussé loin la réarticulation entre pratiques documentaires et artistiques, en utilisant des techniques spécifiques, qui ont d’ailleurs pu faire débat dans le monde du photoreportage.
Le commissaire de cette exposition, qui a ouvert en octobre dernier et sera visible jusqu’au début du mois de janvier, est Quentin Bajac.
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INTEGRALE -EP156, autour des expositions "Luc Delahaye. Le bruit du monde", "Magdalena Abakanowicz. La trame de l'existence" et "Manga. Tout un art!"
Comment un photoreporter de guerre en vient-il à bouleverser ses formats, modifier ses images par ordinateur et faire son entrée au musée ? Comment un alliage de coton, résine, jute ou chiffons peut-il susciter aussi bien des spectres que des figures dansantes ? Et que comprend-on des mangas contemporains en contemplant des emaki, ces longs rouleaux japonais, à la fois écrits et peints, datant des siècles précédents ?
On parle aujourd’hui de la rétrospective du photographe Luc Delahaye intitulée Le bruit du monde et présentée au musée du Jeu de Paume ; de celle que consacre le musée Bourdelle à la plasticienne polonaise Magdalena Abakanowicz connue pour ses sculptures textiles, et enfin de la plongée que propose le musée Guimet dans le monde du manga et notamment d’avant les mangas.
Avec :
• Guslagie Malanda, actrice et curatrice d’exposition indépendante
• Magali Lesauvage, rédactrice en cheffe de l’Hebdo, le numéro hebdomadaire spécial enquêtes du Quotidien de l’Art
• Margot Nguyen, travailleuse de l’art indépendante.
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PARTIE 3 -EP155, autour du portrait du chorégraphe François Chaignaud
Sylphides, Revue des Tumerels, Fracas x 7, Radio Vinci Park, Romances incertios, un autre Orlando, Mirlitons… Les titres des spectacles présentés dans le cadre du portrait que le Festival d’Automne consacre au danseur et chorégraphe François Chaignaud indiquent que nous entrons dans un univers en soi, qui peut se déployer autant dans des parkings mal éclairés que dans la lumière du Grand Palais, avec une prédilection pour les collisions et les hybridations, par exemple entre un univers de garage homoérotique et un clavecin baroque.
Pour ce portrait en forme de constellation, François Chaignaud a écrit ses pièces en collaboration avec des artistes venus d’autres champs de la création : le plasticien Théo Mercier, le danseur de butō Akaji Maro, le beatboxer Aymeric Hainaux, la claveciniste Marie-Pierre Brébant ou encore la musicienne Nina Laisné. Mouvements de la danse classique, musique lyrique, créatures étranges, moto qui rugit et danse tout à la fois… Chaque spectacle proposé par François Chaignaud compose ainsi des images hybrides, étonnantes, portées des sons qui ne le sont pas toujours moins. François Chaignaud prendra à partir du 1er janvier prochain la direction du Centre Chorégraphique National de Caen.
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PARTIE 2 -EP155, autour du spectacle "Fire of Emotions. Maledizione" de Pamina de Coulon
Après l’eau, un nouvel élément. On ne vous parle pas aujourd’hui de la sortie du dernier opus de la saga Avatar qui s’intéresse au feu, mais du nouveau spectacle de la saga Fire of Emotions de la performeuse et comédienne suisse Pamina de Coulon, qui se penche cette fois sur la puissance du vent. Au Théâtre Silvia Monfort à Paris étaient présentées successivement Niagara 3000, remarqué dans le off du Festival d’Avignon récemment et sa nouvelle création, intitulée Maledizione.
Débit mitraillette, souci de la planète, coq à l’âne et autres animaux, bifurcations du discours comme de nos modes de vie : on retrouve dans Maledizione ce qui faisait le style de Niagara 3000. Alors que cette pièce évoquait la force hydraulique des larmes, les turbines du futur et ces drôles d’endroit pour une rencontre que sont les deltas fluviaux, c’est plutôt au souffle et au pollen dispersés par le vent qu’est consacrée cette nouvelle traversée théorique et théâtrale de notre monde contemporain mal en point, passant aussi bien par l’histoire des réunions tupperware que le dernier livre de la philosophe Émilie Hache. En amont de ces digressions, Pamina de Coulon part d’une autre question : pourquoi le Moyen-âge connaît-il un retour de hype ? Ce qui amène à se demander comment il serait possible d’écrire une autre histoire du passé qui permettrait éventuellement de rouvrir l’avenir…
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PARTIE 1 -EP155, autour du spectacle "Pétrole" de Sylvain Creuzevault
Pétrole est le titre du nouveau spectacle du metteur en scène Sylvain Creuzevault, présenté du 25 novembre au 21 décembre au Théâtre de l’Odéon, avant de partir en tournée, et qui fait figure de sensation du Festival d’Automne 2025.
Habitué à adapter des textes non théâtraux – Marx, Dostoïevski ou Peter Weiss -, Sylvain Creuzevault s’attaque ici à la mise en scène d’un texte qui pouvait sembler impossible à adapter. Pétrole est en effet le dernier texte, inachevé et fragmentaire, de Pier Paolo Pasolini retrouvé après son assassinat en 1975 sur une plage de la grande banlieue de Rome dans des conditions qui demeurent troubles un demi-siècle après sa mort.
Sur plus de huit cents pages, organisées en une centaine de notes juxtaposées, se déploient les motifs obsessionnels de Pasolini sur le fascisme, l’Italie des années de plomb, la politique, la sexualité, mais aussi des percées sur la psychanalyse, des visions mystiques, des considérations esthétiques…
Le liant entre ces notes éclatée est l’histoire d’un homme scindé en deux. Carlo I connaît une ascension fulgurante au sein de l’ENI, la compagnie pétrolière nationale italienne, après la mort du magnat du pétrole, Enrico Mattei, décédé dans un accident d’avion suspect en 1962. Carlo II, lui, se consacre à une frénétique quête sexuelle, qui le voit forniquer aussi bien avec sa mère qu’avec des dizaines de jeunes ouvriers sur un terrain vague.
Sylvain Creuzevault répond à cette scission du personnage principal de Pétrole avec un spectacle en deux parties. La première, largement filmée en direct depuis l’intérieur d’une baraque de chantier installée sur scène, oscille entre soirée mondaine et rendez-vous d’affaires et pétrolifères. La seconde alterne des scènes d’orgie avec moults déploiements de phallus en plastique, éjaculation de pétrole et autres tableaux qui font que le spectacle est déconseillé aux moins de 16 ans.
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INTEGRALE -EP155, autour des spectacles "Pétrole" de Sylvain Creuzevault, "Maledizione" de Pamina de Coulon et du portrait François Chaignaud
Une interprétation théâtrale d’un texte inachevé débordant de puits de pétrole et de sexes dressés ; une conférence performée repartant du Moyen-âge pour mieux comprendre notre monde et le portrait d’un chorégraphe-danseur-chanteur créant des univers délirants avec le plus grand sérieux…
On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique », Pétrole, l’adaptation que propose Sylvain Creuzevault du texte de Pasolini au théâtre de l’Odéon ; Fire of Emotions, le one woman show en deux volets de l’actrice suisse Pamina de Coulon et enfin le travail de François Chaignaud à l’occasion du portrait-constellation que lui consacre le Festival d’Automne à Paris.
On discute de cela avec :
• Zineb Soulaimani, que vous pouvez lire dans Le Quotidien de l’art et dont vous pouvez aussi écouter le podcast « Le Beau Bizarre ».
• Caroline Châtelet, qui écrit pour ScèneWeb et les trimestriel Théâtre, Novo et Jeux.
• Vincent Bouquet dont vous pouvez retrouver la plume sur ScèneWeb.
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PARTIE 3 -EP 154, autour du roman de John Boyne, "Les Eléments", publié chez JC Lattès.
L’écrivain irlandais John Boyne, connu notamment pour son roman intitulé Le Garçon en pyjama rayé, publie chez Jean-Claude Lattès un copieux ouvrage de plus de 500 pages intitulé Les Éléments, dans une traduction de Sophie Aslanides.
Le roman déploie sur plusieurs décennies, en quatre parties baptisées chacune du nom d’une des quatre éléments, des histoires reliées entre elles, de façon visible, par des personnages aperçus dans la partie précédente, mais surtout, de façon plus souterraine et structurelle, par les effets diffractés de violences sexuelles qui semblent dessiner une chaîne infinie.
Combien de personnes, si l’on se donne une large échelle du temps pour observer et raconter ce qui se transmet dans les corps et les esprits, un abus sexuel entraîne-t-il depuis sa déflagration initiale ? Et quelles sont les différentes attitudes possibles face à ces actes dont a été victime, témoin, complice ou acteur ?
Posées de cette manière, ces interrogations qui structurent le roman de John Boyne, sont sans doute trop pédagogiques ou journalistiques pour rendre compte d’un ouvrage qu’il m’a été, à titre personnel, difficile de lâcher, tant l’Irlandais maîtrise l’art du portrait, du dialogue, du flash-back, de la chute et du cliffhanger, mot que je me permets de laisser en anglais puisqu’il a été rendu célèbre par les séries télévisées et qu’il désigne cette manière de laisser l’action en suspense au bord d’une falaise qui pourrait ressembler à celles de certains paysages décrits par John Boyne dans ce roman qui vient par ailleurs d’obtenir le Prix Femina Étranger.
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PARTIE 2 -EP 154, autour de "Vertu et Rosalinde" d'Anne Serre, au Mercure de France
Vertu et Rosalinde est le titre relativement étrange d’un livre pas nécessairement facile à saisir. Il est signé Anne Serre et est publié au Mercure de France. Tout ne s’éclaire pas tout à fait même lorsqu’on sait que Vertu et Rosalinde sont deux personnages féminins que l’on retrouve à la campagne, en train d’écrire. Le roman est en effet éclaté en trente chapitres courts de seulement deux, trois ou quatre pages. L’identité de la narratrice fluctue de l’enfance à l’âge adulte tout en changeant de prénom. Et le ton alterne entre le mordant et le léger, entre une écriture qui brouille les frontières, pouvant sembler aussi bien cynique qu’enfantine.
On assiste aussi bien à un match entre l’équipe des Vic – « constituée de trente-deux filles victimes – d’inceste, de pédophilie, de gestes inappropriés, mais aussi d’injustice sociale pour certaines ayant grandi dans des milieux ou pauvres ou bêtes ou sans intérêt » et l’équipe des Non-Vic à la description de correspondances décrites en ces termes : « Parfois je recevais des lettres d’admirateur(s) (trices) qui arrivaient chez mon éditrice, et mon sentiment général lorsque je les ouvrais chez moi, c’était que les gens qui m’admiraient portaient toujours de drôles de noms habitaient toujours à de drôles adresses. »
Anne Serre est l’autrice d’une quinzaine de romans mais a aussi reçu le prix Goncourt de la nouvelle, en 2020, pour un recueil qui s’intitulait Au cœur d’un été tout en or.
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PARTIE 1 -EP154, autour de "L’entroubli" signé Thibault Daelman et publié par les éditions Le Tripode.
Un premier roman placé sous le signe de François Villon, à la fois le poète et le collège. Parce que son titre « L’entroubli » est un hapax, à s’avoir un terme qui n’apparaît qu’une fois, en l’occurrence sous le plume de ce poète du XVème, où il désigne alors un état de demi-conscience propice à la réminiscence, ce qui est sans doute une première piste pour entrer dans ce récit.
Et parce qu’un des établissements dans lequel souffre et apprend tout à la fois le narrateur ressemble furieusement à un collège de bord de périphérique baptisé du nom du poète médiéval.
L’auteur de L’entroubli s’appelle Thibault Daelman, il avait été retenu par ce qui est sans doute le meilleur prix littéraire de France, à savoir le prix « Envoyé par la poste » 2025. Il est publié par les éditions Le Tripode.
Thibault Daelman raconte une enfance et une jeunesse passée entre un père alcoolique et bientôt impotent, et une mère dure qui ne jure que par l’élévation scolaire de ces cinq enfants, une fratrie parmi laquelle se singularise une envie d’écrire.
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INTEGRALE -EP154, autour des romans : "L’entroubli" deThibault Daelman, de "Vertu et Rosalinde" d'Anne Serre et "Les éléments" de John Boyne.
Un premier roman placé sous le double signe de François Villon, à la fois le poète du XVe siècle et le collège du XIVe arrondissement de Paris. Un étrange carrousel sensoriel de textes dessinant l’autoportrait d’une écrivaine. Et un récit déployé sur plusieurs décennies pour capter la déflagration infinie d’un abus sexuel, d’un personnage à l’autre, d’un territoire au suivant.
On discute aujourd’hui dans « L’esprit critique » de L’entroubli signé Thibault Daelman et prix « Envoyé par la poste » 2025 publié par les éditions Le Tripode ; de Vertu et Rosalinde que fait paraître l’écrivaine Anne Serre au Mercure de France. Et enfin du nouveau livre de l’irlandais John Boyne, Les Éléments, traduit chez Jean-Claude Lattès et lauréat récent du prix Femina étranger.
On en discute avec :
• Lise Wajeman, professeure de littérature comparée qui chronique l’actualité littéraire pour Mediapart
• Youness Bousenna, qui chronique l’actualité littéraire pour Télérama
• Copélia Mainardi qui écrit notamment pour Libération.
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INTEGRALE -EP153. Le destin cinématographique d’Abdellatif Kechiche
Allons-nous parler aujourd’hui de l’ultime film d’Abdellatif Kechiche, le cinéaste de 64 ans, diminué depuis mars dernier par un AVC qui laisse planer des doutes sur sa capacité à diriger de nouveau un tournage ? Quoi qu’il en soit, « L’esprit critique » a jugé qu’il serait pertinent de parler plus en longueur du travail du réalisateur, à l’occasion de la sortie sur les écrans de Mektoub, My Love : Canto Due.
Parce que plusieurs critiques hurlent déjà au génie, et parce que c’est précisément autour de cette figure du réalisateur d’exception, voire du génie maudit, que se sont nouées nombre de questions qui ont traversé récemment le monde cinéma, et dont Kechiche fait figure de paradigme : male gaze, maltraitance des employé·es au nom de l’exigence cinématographique, focalisation sur la figure de l’auteur-réalisateur tout-puissant…
Et, pour être complet, en 2018, une plainte déposée contre le cinéaste par une actrice pour agression sexuelle dans le cadre d’une soirée privée, finalement classée sans suite deux ans plus tard par le parquet de Paris pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Sachant enfin que le nom de Kechiche est aussi revenu à plusieurs reprises lors de la commission d’enquête menée par Sandrine Rousseau sur les violences sexistes et sexuelles commises dans le monde de la culture.
La sortie de Mektoub, My Love : Canto Due, plus grand monde ne l’attendait, puisqu’elle est extraite de centaines d’heures de rushs tournés entre 2016 et 2018 qui ont épuisé plusieurs équipes de production, à travers une épopée très bien racontée par le journal Libération en amont du Festival international du film de Locarno, où le film a été projeté pour la première fois.
Plus personne ne l’attendait non plus parce que le projet de Mektoub, déjà complexe, avait semblé ne pas devoir se remettre de la présentation à Cannes en 2019 d’un film intermédiaire, intitulé Mektoub, My Love : Intermezzo, un interlude de près de trois heures trente en forme de transe en boîte de nuit, d’après les rares personnes qui ont pu le voir.
Le film n’est jamais sorti sur les écrans, pour des questions de droits musicaux ruineux mais aussi d’une brouille entre Kechiche et l’actrice principale de Mektoub, Ophélie Bau, au sujet d’une scène de cunnilingus non simulé intégrée au montage contre le consentement de la comédienne, même si des versions contradictoires circulent et si Ophélie Bau ne s’est exprimée sur le sujet qu’en quittant la projection et en refusant de venir ensuite à la conférence de presse.
Mektoub concentre ainsi toute la légende, à la fois dorée et noire, d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or à Cannes en 2013 pour La Vie d’Adèle, capable de révéler des actrices comme Sara Forestier dans L’Esquive, Hafsia Herzi dans La Graine et le Mulet ou Adèle Exarchopoulos dans La Vie d’Adèle, mais aussi de voir certaines refuser de travailler davantage avec lui, ainsi de Léa Seydoux ou d’Ophélie Bau, même si cette dernière assure en ce moment la promotion de Canto Due.
Existe-t-il une « méthode Kechiche » et est-ce celle-ci qui pose problème ?
Comment fabrique-t-on un film comme Mektoub, My Love : Canto Due monté à partir de près de 1 000 heures de rushs (c’était 750 pour La Vie d’Adèle) ? Un chiffre à propos duquel le monteur Luc Seugé dit : « 1 000 heures de rushs, cela équivaut à dire que pour simplement tout visionner une seule fois, en regardant cinq heures par jour, il faut huit mois. »
Et faut-il distinguer un premier trio de films constitué par La Faute à Voltaire, L’Esquive et La Graine et le Mulet avant une forme de bascule dans une voracité des corps et du sexe allant jusqu’à utiliser la grammaire du film pornographique de façon acritique depuis La Vie d’Adèle ?
« Je n’ai plus envie d’expliquer, ni même de me justifier », écrit Kechiche dans le dossier de presse. Nous allons donc nous dévouer pendant trois quarts d’heure à cette tâche « d’expliquer », pour voir si ce film peut être justifié.
Mektoub, My Love : Canto Due est sorti sur les écrans mercredi dernier.
Avec :
- Occitane Lacurie, membre du comité de rédaction de la revue Débordements- Alice Leroy, qui écrit dans les Cahiers du cinéma et l’ancienne Panthère Première- Raphaël Nieuwjaer qui écrit aussi pour les Cahiers du cinéma ainsi que pour la revue Études« L’esprit critique » est un podcast enregistré par Corentin Dubois et réalisé par Karen Beun.
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PARTIE 3 -EP152, autour de l'exposition "Echo, Delay, Reverb. Art américain, pensées francophones" au Palais de Tokyo
Echo, Delay, Reverb, sous-titré « Art américain, pensées francophones » est le titre de l’exposition qui a ouvert au Palais de Tokyo à la fin du mois d’octobre et sera visible jusqu’à la mi-février prochaine.
Ambitieuse, hétéroclite et complexe, elle investit tous les espaces du musée, avec une œuvre murale conçue par l’artiste Caroline Kent pour accueillir les visiteurs, une rétrospective inédite du sclupteur africain-américain Melvin Edwards et une multitude d’œuvres mises en regard de notions forgées par des penseurs comme Roland Barthes, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jacques Derrida ou Michel Foucault, incarnations de la « French Théory », mais aussi des noms comme Pierre Bourdieu, Frantz Fanon ou Monique Wittig.
On passe ainsi d’une salle intitulée « Semiotext(e) : agent·es étranger·es » à une autre nommée « La critique des institutions » puis à un espace titré « machines désirantes » avant de s’intéresser aux « Géométries du non-humain ».
Cette exposition est le point d’orgue d’une saison en forme de « carte blanche » proposée à la commissaire américaine Naomi Beckwith, directrice adjointe du Musée Guggenheim de New York et directrice artistique de la documenta 16 à Kassel. Sa proposition de travailler sur la réception de la pensée française et francophone dans l’art américain a ensuite été reçu par l’ensemble des équipes du Palais de Tokyo pour former cette exposition collective et relationnelle, dans tous les sens de ces mots.
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PARTIE 2 -EP152, autour de l'exposition "Philip Guston, l'ironie de l'histoire" au Musée Picasso
Quand on se souvient qu’il y a seulement cinq ans, plusieurs grands musées, parmi lesquels la Tate Modern de Londres, avaient reporté une rétrospective consacrée à Philip Guston, peintre américain d’origine juive connu pour ses combats antiracistes, par inquiétude de la réception qui serait faite de l’aspect cartoonesque de sa représentation de certains personnages du KuKkluxKlan, on peut se réjouir den l’exposition que lui consacre le musée Picasso sous le titre « Philip Guston, l’ironie de l’histoire » et également du calme avec lequel celle-ci est accueillie.
D’ironie et d’histoire, il est en effet beaucoup question dans cette exposition à échelle humaine, dense, riche et intelligente – j’anticipe honteusement sur ce que vous pourrez penser, mais après c’est vous qui parlez donc j’en profite – dans laquelle on découvre les métamorphoses d’un peintre initialement proche des muralistes mexicains dans les années 1930, avant de devenir ensuite une figure reconnue de l’expressionnisme abstrait de l’école de New York, avant de devenir un des satiristes les plus féroces et drôles de l’époque Nixon et de revenir à la figuration.
Avec Philip Guston, le Musée Picasso continue d’avoir la bonne idée d’ouvrir ses cimaises à d’autres, comme nous l’avions déjà évoqué ici à propos de l’exposition sur l’art dégénéré ou de la confrontation avec Faith Ringgold.
L’exposition a ouvert à la mi-octobre et sera visible jusque début mars 2026. Son commissariat est assuré par Didier Ottinger et Joanne Snrech.
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PARTIE 1 -EP152, autour de l'exposition "Jacques-Louis David" au Musée du Louvre
Marat assassiné, Bonaparte franchissant les Alpes, le Sacre de Napoléon ou encore le tableau non achevé du Serment du Jeu de Paume : les toiles du peintre Jacques-Louis David sont devenues des images iconiques d’une des périodes politiques les plus intenses de l’histoire de France courant de la Révolution française à l’Empire napoléonien.
Le Musée du Louvre, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps pour des raisons ayant peu à voir avec l’art, lui consacre une rétrospective exhaustive qui a ouvert mi-octobre et sera visible jusqu’à la fin du mois de janvier prochain. Le Louvre conserve le plus important ensemble au monde de peintures et de dessins de l’artiste et avait déjà organisé, en 1989, à l’occasion des célébrations du bicentenaire de la Révolution, une grande monographie consacrée à David en partenariat avec le château de Versailles. Le musée profite ici d’un autre bicentenaire, celui de la mort de l’artiste en 1825 alors qu’il est en exil à Bruxelles.
Mais cette rétrospective ne veut pas célébrer seulement un anniversaire et cherche à exposer l’engagement politique et artistique de Jacques-Louis David en défaisant le qualificatif de « néoclassique » d’un homme qui fut à la fois considéré comme le peintre officiel de la Révolution française, le « père de l’École française » et le « régénérateur de la peinture ».
Les commissaires de cette exposition sont Sébastien Allard et Côme Fabre, tous deux conservateurs au département des Peintures du Louvre.
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INTEGRALE -EP152, autour des expositions "Jacques-Louis David" au Louvre, "Philip Guston. L'ironie de l'histoire" au Musée Picasso et « Echo, Delay, Reverb. Art américain, pensées francophones au Palais de Tokyo
Un monument de la peinture et de l’histoire de France présenté en majesté et presque en intégralité dans son musée ; un peintre passé de l’abstraction new-yorkaise à la satire de l’Amérique de Nixon mais sans jamais perdre son sens de l’ironie et enfin une exposition foisonnante explorant l’influence de la « French Théory » sur l’art aux Etats-Unis…
On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » la grande rétrospective que le musée du Louvre consacre au peintre Jacques-Louis David ; l’exposition du Musée Picasso autour du peintre Philip Guston et enfin « Echo, Delay, Reverb » sous-titré « Art américain, pensées francophones », une proposition de la curatrice Naomi Beckwith et du Palais de Tokyo.
Avec :
• Guslagie Malanda, actrice et curatrice d’exposition indépendante
• Magali Lesauvage, rédactrice en cheffe de l’Hebdo, le numéro hebdomadaire spécial enquêtes du Quotidien de l’Art
• Rose Vidal, autrice et critique
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EXTRAIT -EP151, autour de la pièce de Vimala Pons, "Honda Romance"
Honda Romance est le titre du nouveau spectacle de Vimala Pons, autrice, actrice, circassienne, musicienne, qui était la cheville ouvrière de deux pièces sidérantes de la dernière décennie : De nos jours du collectif Ivan Mosjoukine et celle intitulée Grande.
Ce spectacle-ci est présenté dans le cadre du Festival d’Automne. Il était visible récemment au théâtre de l’Odéon à Paris et au Théâtre national de Bretagne à Rennes et entend donner un aperçu en accéléré des métamorphoses ultra-rapides de nos émotions contemporaines, comme une sorte de collage théâtral ou de « scrolling » physique et sensible.
Le titre fait référence à la fois à une marque de moto qui prétend bientôt envoyer des satellites dans l’espace, à l’amour et à la définition d’une « pièce musicale simple », sens originel du terme « romance ».
Sur scène, beaucoup de choses : un satellite géant qui paraît être le narrateur de l’histoire, des canons à air extrêmement puissants, de la musique signée notamment Tsirihaka Harrivel et Rebekka Warrior et dix interprètes en mouvement perpétuel et en déséquilibre permanent…
Honda Romance sera visible du 4 au 7 décembre au Centquatre-Paris, avant de partir en tournée à Nantes, à Bruxelles, Chambéry, Tours, Strasbourg et Lyon.
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EXTRAIT -EP151, autour de la pièce de Carolina Bianchi, "The Brotherhood"
The Brotherhood est le titre de la nouvelle proposition de l’écrivaine, metteuse en scène, performeuse et actrice Carolina Bianchi qui avait déjà présenté l’an dernier une pièce marquante donc nous avions discuté ici, intitulée La Mariée et Bonne nuit Cendrillon où elle s’administrait elle-même du GHB, la drogue dite du violeur, rendant inconscientes et impuissantes celles qui l’ont bue à leur insu.
Toujours à la Villette et de nouveau dans le cadre du Festival d’Automne, Carolina Bianchi et la compagnie Cara de Cavallo proposent ici le deuxième chapitre de la trilogie Cadela Força. Il est déconseillé aux moins de 18 ans car il y est question de sexe, de nudité, de viol au point qu’une table d’accueil et d’écoute est installé à l’entrée de la salle pour les personnes qui auraient été perturbées par ce qu’elles ont vu…
Alors que dans Bonne nuit Cendrillon, Carolina Bianchi s’endormait sous l’effet de la drogue et le regard des spectateurs, elle se réveille ici, au début de la pièce, pour tourner son regard vers les hommes, la masculinité et la fraternité des « Boys Club ».
Le spectacle est truffé de références, que ce soit au théâtre de Shakespeare ou à celui de Tchekhov, mais aussi à la mythologie, à la peinture, à plusieurs autrices du XXe siècle, en particulier Sarah Kane, mais aussi à des chansons populaires. Et il s’ouvre par une citation de l’écrivain chilien Roberto Bolaño qui en synthétise le projet : « La violence ni la poésie ne se peuvent corriger ».
The Brotherhood, de Carolina Bianchi et de la compagnie Cara de Cavallo est visible à la Grande Halle de la Villette dans le cadre du Festival d’Automne jusqu’au 28 novembre prochain.
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EXTRAIT -EP151, autour du "Musée Duras" signé Julien Gosselin à l'Odéon-Théâtre de l'Europe
Musée Duras est le titre d’un projet monstre de Julien Gosselin, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe qui met en scène dix heures de spectacle à partir de Marguerite Duras aux ateliers Berthier, dans le nord de Paris. Un projet conçu avec des élèves de la promotion 2025 du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris.
On peut y voir onze propositions scéniques distinctes autour de textes de Marguerite Duras, certains très connus et d’autres qui le sont moins, certains extraits de ses romans, d’autres de son cinéma, de son théâtre, voire de ses entretiens. Ils sont interprétés en solo ou en collectif par ces jeunes acteurices pour beaucoup extrêmement doué·es
Vidéo et musique électro sont, comme souvent, au rendez-vous de cette mise en scène de Julien Gosselin qui retraverse à toute allure une œuvre elle-même composite dans un décor dépouillé, entièrement blanc, où le public, installé dans un dispositif bifrontal, est à la fois le plus souvent très près des interprètes et en dessous d’un écran géant reproduisant sous d’autres angles ce qu’il peut voir sur scène.
Au début du spectacle, une voix nous demande de fermer les yeux, pendant que des corps sont allongés par terre, puis de nous couvrir les oreilles. Surgit alors en lettres immenses le mot « Porn »…
Le Musée Duras est visible jusqu’au 30 novembre prochain.
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INTEGRALE -EP151, autour des pièces "Musée Duras" de Julien Gosselin ; "The Brotherhood" de Carolina Bianchi et "Honda Romance" de Vimala Pons
Dix heures de Duras en douze textes et onze propositions scéniques, des dizaines d’émotions et d’états d’âme parcourus en moins de deux heures par dix interprètes, et près de quatre heures de spectacle déconseillé aux moins de 18 ans car il y est question frontalement de sexe, de nudité, d’alcool et de viol…
« L’esprit critique » essaiera d’être à la hauteur de l’intensité des spectacles dont il sera question aujourd’hui, à savoir le Musée Duras mis en scène par Julien Gosselin aux ateliers Berthier Odéon-Théâtre de l’Europe qu’il dirige par ailleurs ; la nouvelle proposition de la performeuse, actrice, écrivaine et metteuse en scène brésilienne Carolina Bianchi, qui s’intitule The Brotherhood et se donne à la grande Halle de la Villette dans le cadre du Festival d’Automne et enfin Honda Romance, de la grande équilibriste qu’est Vimala Pons qui était donné tout récemment à l’Odéon et Rennes mais et sera bientôt visible de nouveau à Paris, au Centquatre, et dans de nombreuses villes de France…
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EXTRAIT -EP150, autour du roman d'Olga tokarczuk, "E.E"
On termine ce podcast avec un titre en forme d’initiale, E.E., traduction récente d’un livre déjà ancien, puisqu’il fut publié il y a trente ans, de l’écrivaine polonaise Olga Tokarczuk, prix Nobel de Littérature en 2018. L’ouvrage sort aux éditions Noir sur Blanc dans une traduction du polonais de Margot Carlier.
L’intrigue se déroule en 1908, dans la ville de Breslau, dans une famille bourgeoise de huit enfants, parmi lesquelles se trouve Erna Eltzner, dont la vie est bouleversée lorsqu’elle s’évanouit l’année de ses 15 ans, après qu’un fantôme lui soit apparu et qu’elle ait entendu des voix.
Le don de communiquer avec les morts que posséderait la jeune Erna enthousiasme la mère, passionnée d’occultisme, autant qu’il exaspère le père, propriétaire d’une filature et rétif à ces dimensions éloignées du monde matériel et rationnel.
Ce don, au cœur des séances de spiritisme organisées alors par la mère, attire aussi un amateur d’ésotérisme, amoureux transi et secret de la mère d’Erna, un étudiant en médecine du nom d’Artur Schatzman qui a fait de E.E. son sujet de thèse, mais encore différentes personnes souhaitant communiquer avec leurs défunts.
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EXTRAIT -EP150, autour du roman de Séphora Pondi, "Avale"
Avale est le titre du premier roman de Sephora Pondi, pensionnaire de la Comédie française, publié par les éditions Grasset. Il met en scène une femme nommée Lame qui ressemble par plusieurs aspects à l’autrice : apprentie actrice, noire de peau, adoptée et même célébrée par un monde loin de ses origines sociales situé dans la banlieue parisienne.
Mais le roman n’est pourtant pas une autofiction et cherche plutôt à confronter, à travers un récit entrecroisé et dans la langue elle-même, le destin de Lame et celui de Tom, un jeune homme isolé qui s’appelait autrefois Romain, et dont l’obsession pour l’actrice rencontre d’inquiétantes pulsions de dévoration.
Le livre remonte ainsi l’enfance, l’adolescence et l’entrée dans la vie d’adulte des deux personnages principaux jusqu’à leur fatidique rencontre après des semaines de harcèlement et de messages, obscènes et/ou passionnés envoyés par le premier à la seconde.
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INTEGRALE -EP150, autour de "La nuit au coeur" de Nathacha Appanah ; "Avale" de Séphora Pondi et "E.E" d'Olga Tokarczuk
Des femmes écrasées sous les roues d’une voiture, brûlées vives à même le trottoir, à moitié dévorées dans un buisson ou dont le corps sert, au mieux, de medium à des forces occultes et de sujet de thèse de médecine…
Autant dire que les trois ouvrages dont nous discutons aujourd’hui explorent une vision noire de la condition féminine, qu’elle se déploie sur l’île Maurice, dans les rues de la métropole bordelaise, le jour de la victoire de la France à la coupe du monde de Football en 2018 ou dans la ville polonaise de Breslau au début du XXe siècle.
On discute en effet du tout récent prix Femina, La nuit au cœur, de la romancière Nathacha Appanah, publié chez Gallimard, du premier roman de l’actrice Séphora Pondi, intitulé Avale qui paraît chez Grasset et enfin d’un ouvrage de la prix Nobel de littérature polonaise Olga Tokarczuk, titré E.E et traduit en français par les éditions Noir sur Blanc.
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EXTRAIT -EP150, autour de "La nuit au coeur" de Nathacha Appanah
La nuit au cœur est le douzième livre de la romancière Nathacha Appanah, qui vient de recevoir le prix Femina. Il est publié chez Gallimard, entrecroise le destin de trois femmes soumises à une « entreprise d’emprise » de leurs conjoints et qui finirent assassinées pour deux d’entre elle, et épargnée de peu pour la troisième, qui n’est autre que l’écrivaine elle-même.
Nathacha Appanah raconte ainsi comment elle fut prise dans les rets d’un homme beaucoup plus âgé que la jeune fille qu’elle était alors, et dont elle pensa qu’il allait lui donner « accès à ce monde codé de la littérature dont il semblait détenir tous les secrets ». Mais qui, en réalité, la coupa de sa famille pour mieux asseoir sa domination physique et psychique sur elle, jusqu’à vouloir la tuer.
A partir de cette expérience intime, l’écrivaine enquête sur deux féminicides : celui de sa cousine Emma, écrasée et démantibulée par son mari sur l’île Maurice en 2000, et celui de Chahinez Daoud, brûlée vive par son époux à Mérignac, près de Bordeau en 2021.
En mettant en parallèle ces trois destinées de femmes, Nathacha Appanah met aussi en lien les comportements de trois hommes désignés par leurs seules initiales : MB, RD et HC, qu’elle réunit dans une « pièce imaginaire » parce que, explique-t-elle, « il n’y a que dans cet endroit que je peux les réunir, parce qu’il n’y a que dans cet endroit que je peux maîtriser le récit, inverser les rôles, devenir à mon tour un petit bourreau, exercer un pouvoir d’emprise et de fascination, exiger écoute et silence -, dans cette pièce imaginaire, donc, je les laisserai mariner un peu, eux qui pensent qu’ils n’ont rien en commun. »
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EXTRAIT -EP149, autour du film de François Ozon, "L'Etranger"
Le réalisateur français François Ozon continue, au rythme de croisière d’un long-métrage par an, à épaissir une filmographie composée de longs-métrages comme 8 femmes, Grâce à Dieu, Dans la Maison, Jeune et jolie, Sous le sable ou encore, pour remonter aux titres qui l’ont initialement fait connaître, Les amants criminels et Gouttes d’eau sur pierre brûlantes. François Ozon s’attaque cette fois à l’adaptation d’un des grands classiques de la littérature française, étudié par des générations d’écoliers de France et de Navarre, L’Étranger, publié par le futur prix Nobel de Littérature Albert Camus en 1942. Pour celles et ceux qui auraient oublié leurs études secondaires, je rappelle que l’ouvrage de Camus se déroule dans l’Algérie française des années 1930. Meursault, le personnage principal, incarné ici à l’écran par Benjamin Voisin, est un jeune employé de bureau vivant seul, hermétique à toute empathie, étranger à ses sentiments, indifférent au monde, qui vient de perdre sa mère qu’il avait placée à l’asile.
Un jour d’été, il tue un « arabe » sur une plage d’Alger, sans réel motif même si ce dernier avait menacé son ami et voisin, un proxénète ayant lui-même battu la sœur de cet homme…
L’étranger, de François Ozon, avec notamment Benjamin Voisin et Rebecca Marder, c’est sur les écrans depuis le 29 octobre dernier.
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INTEGRALE -EP149, autour des films "L'Etranger" de François Ozon, "A House of Dynamite" de Kathryn Bigelow et "Les Aigles de la République" de Tarik Saleh
L’Algérie française des années 1930 vue à travers l’adaptation d’un des classiques de la littérature française ; l’Égypte d’al-Sissi captée à partir du tournage d’un biopic élogieux sur le général putschiste et enfin la giga-puissance états-unienne contemporaine saisie à l’aune de ses fragilités depuis les salles de commandement et de décisions de haut niveau mises à l’épreuve par l’apparition d’un missile nucléaire visant Chicago…
On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » l’adaptation par François Ozon du roman d’Albert Camus, L’Etranger ; le nouveau long métrage de la réalisatrice Kathryn Bigelow sorti sur la plateforme Netflix et intitulé A house of Dynamite, et enfin le nouveau film du réalisateur suédois d’origine égyptienne Tarik Saleh titré Les Aigles de la République.
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EXTRAIT -EP149, autour du film de Kathryn Bigelow, "A House of Dynamite"
La réalisatrice américaine Kathryn Bigelow, première femme à avoir reçu l’Oscar de la meilleure réalisation pour son film Démineurs, n’avait plus tourné depuis près de huit ans et la sortie de son précédent long-métrage, Detroit, consacré aux révoltes urbaines et raciales de la « Motown » dans les années 1960.
Avec A House of Dynamite – une maison de dynamite en bon français - Kathryn Bigelow choisit Netflix plutôt que le circuit des salles traditionnelles, tout en poursuivant une filmographie captivée par l’univers militaire, la violence et l’histoire des Etats-Unis.
Ici, Kathryn Bigelow réactive un genre ancien, le film d’apocalypse nucléaire, qui a forgé certains classiques du cinéma américain, de Point Limite de Sidney Lumet en 1964 jusqu’à Docteur Folamour de Sidney Kubrick cette même année.
Elle le fait avec – il faut le reconnaître - un certain sens du timing politique et géopolitique puisque son long-métrage est sorti sur la plateforme quelques jour seulement avant le duel verbal mais néanmoins atomique entre Poutine et Trump : le premier vantant les mérites de ses missiles et drones sous-marins à capacité nucléaire, le second annonçant la reprise des tests des armes nucléaires.
Les spectateurices sont donc immergé·es dans un imaginaire de guerre froide, avec réunions de crise, écrans de contrôle et espaces de décision engageant le sort de toute l’humanité, le tout modernisé à coups de technologies de pointe mais pas nécessairement fiables et d’acronymes aussi exotiques qu’importants.
Toutefois, si Bigelow réactive un genre connu, et parfois galvaudé, elle le fait avec un dispositif cinématographique qui en renouvelle le style, avec une caméra virevoltant dans différents lieux de pouvoir et un compte à rebours qui se répète trois fois dans le film tout en ne respectant pas tout à fait la réalité du temps qui s’écoule avant la possible apocalypse…
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EXTRAIT -EP149, autour du film de Tarik Saleh, "Les Aigles de la République"
Après Le Caire confidentiel et La conspiration du Caire, le cinéaste suédois Tarik Saleh conclut sa trilogie sur l’Égypte, le pays de son père dans lequel il est persona non grata, avec Les Aigles de la République.
On y retrouve son acteur fétiche, Farès Farès, jouant une star du cinéma national au point d’être surnommé le « pharaon de l’écran », qui se voit confier le rôle piège d’incarner un autre pharaon, le maréchal al-Sissi, qui règne sur l’Égypte depuis son coup d’État, en 2013, contre le premier président élu après la révolution de 2011, le frère musulman Mohamed Morsi.
Produit par l’armée, le film s’intitule La Volonté du peuple et doit honorer le courage du militaire. Contraint d’accepter, Georges Fahmy, se retrouve pris dans un engrenage à la fois cinématographique et politique, où le pion qu’il est devenu est pris dans des jeux de pouvoir qui le dépassent.
Les Aigles de la République aborde ainsi frontalement l’histoire récente de l’Égypte, tout en remontant le temps, à travers une scène qui évoque l’assassinat du président Anouar el-Sadate en 1981 lors d’un défilé militaire, mais aussi en convoquant des images et des imaginaires de l’âge d’or du cinéma égyptien, lorsque celui-ci était le plus important du monde arabe et l’un des plus importants de la planète.
Les aigles de la république, de Tarik Saleh sera sur les écrans mercredi prochain 12 novembre.
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EXTRAIT -EP148, autour de l'exposition « Nous Autres » de Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini au BAL
On termine le parcours de ce podcast en se rendant au BAL, l’espace d’exposition dédié à l’image-document situé dans le XVIIe arrondissement de Paris près de la place de Clichy.
Le BAL propose une exposition intitulé « Nous Autres », de Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini avec Carla Williams. Il s’agit du récit, fait par l’autrice et théoricienne de l’art Hélène Giannecchini, de sa rencontre avec la photographe américaine Donna Gottschalk dont les images constituent le coeur du parcours proposé aux spectateurs et spectatrices. En regard est montré une série d’autoportraits de la photographe et historienne de l’art américaine Carla Williams qui s’inscrit dans une filiation assumée avec l’oeuvre de Donna Gottschalk.
Cette dernière, née en 1949 à New York, dans le quartier autrefois populaire et aujourd’hui gentrifié d’Alphabet City, a accueilli chez elle et photographié pendant des décennies les personnes avec lesquelles elle a vécu, milité et travaillé. Et notamment les vies, aux marges de la société, des personnes LGBT+, camarades de luttes, amies ou amantes…
Le commissariat de l’exposition est assuré par Julie Héraut et Hélène Giannecchini,
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EXTRAIT -EP148, autour de l'exposition "Rick Owens. Temple of Mode" au Palais Galliera
Nous avons juste, pour ce second temps de notre podcast, à traverser l’avenue du Président Wilson depuis le Musée d’Art moderne de Paris puisque, pour la première fois en quatre ans d’existence, « L’esprit critique » se rend au Palais Galliera, le musée de la mode.
Se tient en effet dans ce luxueux et prestigieux palais parisien une rétrospective du travail de Rick Owens, styliste et créateur né aux Etats-Unis au début des années 1960 et installé depuis quelques années à Paris.
Après qu’une veste de cuir noir portée par la top model Kate Moss a attiré l’attention d’un photographe du magazine Vogue au début des années 2000, Rick Owens connaît une carrière fulgurante avec quelques propositions sculpturales sublimes, concevant ses défilés comme de véritables shows, et déclenchant quelques mini-scandales, comme lorsqu’il dévoile des pénis lors de son défilé 2015 ou bien lorsqu’un de ses mannequins fétiches porte, contre son avis, un message anti-Merkel lors de la crise de la dette grecque.
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EXTRAIT -EP148, autour de l'exposition "Otobong Nkanga. I dreamt of you in colours" au Musée d'Art Moderne de Paris
Le Musée d’Art moderne de Paris consacre une rétrospective qui vient d’ouvrir et sera visible jusqu’en février prochain à l’artiste Otobong Nkanga, née voici un demi-siècle au Nigéria. L’exposition s’intitule I dreamt of you in colours, « j’ai rêvé de vous en couleur » en bon français, et présente une coupe transversale à travers une œuvre protéiforme dans ses motifs comme dans ses matières, à travers un large choix de dessins, installations, peintures, textiles, photographies, sculptures, poèmes, vidéos ou performances…
Faisant le choix d’une présentation non chronologique, la rétrospective montre le souci de l’artiste née au Nigéria et aujourd’hui installée en Belgique de donner à voir les strates qui composent notre monde, depuis les exploitations et les extractions violentes qui fracturent les sols et les paysages, jusqu’aux circulations, constellations et réseaux qui y trouvent leurs origines.
Le commissariat de cette exposition est assuré par Odile Burluraux à Paris et Nicole Schweizer à Lausanne, ville où cette rétrospective se rendra ensuite.
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INTEGRALE -EP148, autour des expositions "Otobong Nkanga. I dreamt of you in colors" ; "Rick Owens. Temple of Mode" et "Nous autres" de Donna « Nous Autres », de Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini
Des couleurs, des tons et du Noir et Blanc. Des pierres, des textiles et des photographies. Un art protéiforme, de la mode et un parcours visuel et écrit. On passe dans « l’esprit critique » de ce jour des sous-sols de l’extraction néo-coloniale à la haute-couture en passant par les trajectoires queer de l’Amérique des années 1970.
On évoque en effet d’abord la rétrospective que le Musée d’art moderne de Paris propose de l’artiste nigériane Otobong Nkanga, puis l’écrin qu’offre le Palais Galliera aux créations du styliste Rick Owens et enfin la rencontre entre la photographe américaine Donna Gottschalk et la théoricienne de l’art Hélène Giannechini que propose le BAL.
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EXTRAIT -EP147, autour du roman de Dario Ferrari, "La récréation est finie", publié aux éditions du Sous-Sol
La récréation est finie est le titre du roman de l’italien Dario Ferrari, publié par les éditions du Sous-Sol dans une traduction de Vincent Raynaud. C’est aussi la phrase que lance Barrabas, la nouvelle recrue de la « Brigade Ravachol », une bande de jeunes italiens anarchistes et gauchistes de l’Italie des années de plomb des années 1970, pour leur signifier la nécessité « d’arrêter de jouer les révolutionnaires et de passer aux choses sérieuses » en l’occurrence enlever, à mains armée, un juge, au risque de tuer et d’être tué alors que la brigade s’est jusque-là contenté d’actions spectaculaires mais sans mise en danger.
Ce groupe nous est restitué à travers l’enquête universitaire mené par un plus tout jeune doctorat, Marcello Gori, qui a décroché par miracle une bourse de thèse, et que le tout puissant et terrifiant professeur Sacrosanti a orienté sur l’une des figures de ce groupe, Tito Sella, écrivain et assassin passé par la case prison.
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EXTRAIT -EP147, autour du roman de Maria Pourchet, "Tressaillir", publié chez Stock
Tressaillir est le titre du nouveau roman de Maria Pourchet, après notamment Toutes les femmes sauf une, Feu ou Western. Il est publié chez Stock et raconte l’histoire d’une « femme rompue », à entendre dans le double sens qu’elle a rompu avec son couple et sa cellule familiale, et qu’elle est épuisé par les implications de cette rupture, tant psychiques que physiques ou matérielles.
Autrice de livres illustrées, la narratrice, prénommée Michelle, se retrouve expulsée du domicile conjugal, alternant chambres d’hôtel et recherche d’appartements sordides.
Elle découvre les affres de la garde alternée et les antidépresseurs et, poussée par son agente, accepte de retourner dans l’endroit où elle a grandi pour une série d’ateliers en lycée où l’attend un ancien flirt oublié dans les recoins de sa mémoire.
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EXTRAIT -EP147, autour du roman de Laurent Mauvignier, "La Maison Vide", publié aux éditions de Minuit
La maison vide est le titre du nouveau livre de Laurent Mauvignier, publié comme les précédents aux éditions de Minuit. Si la maison du titre est vide comme une maison de famille dont il faudrait enlever les meubles après la mort d’un parent, elle est aussi remplie de tout un passé dont Laurent Mauvignier fait l’archéologie, en recourant à toute la puissance du roman. Pour reprendre ce que le narrateur écrit dans les premières pages : « je crois que si ce que j’écris ici est un monde que je découvre en partie en le rêvant, je ne l’invente pas tout à fait : je le reconstruis pièce à pièce, comme une machine d’un autre temps dont on découvre que le mécanisme a pourtant fonctionné un jour, et qu’il suffit de le remonter pour qu’il puisse redémarrer. »
La fiction est moins convoquée ici pour meubler des silences comme on meublerait une maison vidée que pour donner une redonner, par l’écriture, une existence de papier mais incarnée à des êtres de chair tombés dans l’oubli de la généalogie lointaine, la poussière des photos sur lesquels on ne reconnaît plus les visages, l’infamie de la collaboration horizontale, les non-dits du suicide ou encore les tranchées de la Grande Guerre.
Pour le dire encore comme l’auteur-narrateur de ce livre : « c’est parce que je ne sais rien ou presque rien de mon histoire familiale que j’ai besoin d’en écrire une sur mesure, à partir de faits vérifiés, de gens ayant existé, mais dont les histoires sont tellement lacunaires et impossibles à reconstituer qu’il faut leur créer un monde dans lequel, même fictif, ils auront chacun eu une existence. »
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INTEGRALE -EP147, autour des romans, "La maison vide" de Laurent Mauvignier, "Tressailir" de Maria Pourchet et "La récréation est finie" de Dario Ferrari
« L’esprit critique » continue de frayer son chemin dans quelques-unes des très nombreuses publications de cette rentrée littéraire en vous proposant de voir éclore tout le XXe siècle depuis une maison de famille ; de contempler les effets d’une rupture amoureuse contemporaine sur la psyché d’une femme-biche et enfin de participer à l’écriture d’une thèse sur une brigade anarchiste dans l’Italie des années de plomb.
On évoque en effet successivement La maison vide, le nouveau livre de Laurent Mauvignier, publié aux éditions de Minuit ; Tressaillir de Maria Pourchet paru chez Stock et le roman de l’Italien Dario Ferrari, La récréation est finie, traduit aux éditions du Sous-Sol.
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EXTRAIT -EP146, autour de la pièce "Voir clair avec Monique Wittig" d’Adèle Haenel et du collectif DameChevaliers
Adèle Haenel, figure névralgique du mouvement #MeToo - et l’une des rares actrices à mettre sa notoriété au service de causes politiques allant de la lutte contre la réforme des retraites à la solidarité avec Gaza puisqu’elle a récemment participé à l’une des flottilles tentant d’amener de l’aide humanitaire à la bande palestinienne - propose sa première mise en scène.
La pièce s’intitule Voir clair avec Monique Wittig, elle est signée de DameChevaliers, un collectif artistique féministe à géométrie variable composé notamment de la musicienne Caro Geryl, qui occupe ici la scène avec Adèle Haenel.
L’actrice y raconte, sur un ton de confidence voire de communion avec un public conquis, son expérience de lecture de Monique Wittig (1935-2003), autrice notamment de La pensée straight, Dans l’arène ennemie ou encore Les Guérillères, une œuvre en grande majorité publiée aux éditions de Minuit. Elle s’appuie aussi sur d’autres autrices féministes : Sarah Ahmed, Audre Lorde, Adrienne Rich ou encore Elsa Dorlin.
La pièce, présentée dans le cadre du Festival d’Automne, commence comme une réunion secrète. Autour de quelques braises, au milieu d’une forêt profonde peuplé de bruits d’animaux, Adèle Haenel débute sa prise de paroles en chuchotant…
Voir clair avec Monique Wittig, signé Adèle Haenel et le collectif DameChevaliers était récemment au Théâtre des Bouffes du Nord dans le cadre du Festival d’Automne, et ce sera ensuite en tournée en novembre au Théâtre de la Croix Rousse à Lyon, puis au CDN d’Orléans, et ensuite à Mons, en Belgique.
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EXTRAIIT -EP146, autour de la pièce "La Distance" de Tiago Rodrigues
Tout va bien en ce début d’automne pour le metteur en scène portugais Tiago Rodrigues. Il vient de voir son mandat renouvelé pour 4 ans à la direction du Festival d’Avignon, ce qui ne semblait pas gagné d’avance dans la fournaise du mois de juillet dernier.
Il montrait récemment aux Bouffes du Nord une de ses premières productions, Le Chœur des Amants, qui sera visible bientôt dans de nombreuses villes de France.
Et, surtout, la nouvelle pièce qu’il a créée cet été à Avignon, ou plus précisément à Vedène, intitulée La Distance, commence une ample tournée déjà passée par Malakoff, Anvers et Strasbourg.
Cette pièce met en scène deux comédiens, Adama Diop et Alison Deschamps, un père et sa fille, séparées, dans un futur situé en 2077, par 220 millions de kilomètres, puisque la fille a choisi de partir sur Mars, laissant son père désespéré sur une terre qui a déjà connu trois effondrements et en attend de nouveaux.
Le père, Ali, médecin de profession dans un hôpital en déliquescence en tenue années 1970, est contraint de communiquer avec sa fille Amina par messages interposés.
Cette distance de la Terre à Mars est représentée au théâtre par une scène ronde et tournante, sur laquelle les deux acteurs se tournent le dos, séparés par un tronc, des branches, des feuillages et des rochers.
Le rythme de la rotation s’accélère au fur et à mesure qu’à la distance physique s’ajoute la distance irrémédiable liée au fait que la fille a choisi de faire partie des « oubliantes » qui, pour construire un nouveau monde sur Mars, ont choisi d’effacer tous les souvenirs de leur vie sur terre en signant un « protocole d’oubli ».
La Distance sera visible dans les prochains mois à Clermont-Ferrand, Grenoble, Châteauroux, Dunkerque, Le Havre, Grasse, Istres et Aix-en-Provence, mais aussi Naples, Lausanne, Barcelone, Athènes et Milan.
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EXTRAIT -EP146, autour de la pièce "Et jamais nous ne serons séparés" de Daniel Jeanneteau et Mammar Benranou
Daniel Jeanneteau, directeur du Théâtre de Gennevilliers, y met en scène, avec Mammar Benranou, Et jamais nous ne serons séparés de l’auteur norvégien Jon Fosse, prix Nobel de littérature en 2023 pour « ses pièces de théâtre et sa prose novatrices qui ont donné une voix à l’indicible ». Toutes ses pièces sont publiées en français aux éditions de l’Arche, celle-ci datant de 1994.
Sur le plateau, dans un décor d’intérieur froid, avec moquette grise, canapé beige et mobilier blanc, une femme en robe à fleurs, interprétée par Dominique Raymond attend, en soliloquant, le retour d’un homme dont on ne sait s’il est mort, parti pour un moment ou pour toujours, voire dont on pourrait se demander s’il n’a jamais existé que dans l’esprit de la principale protagoniste de la pièce.
Dominique Raymond s’accroche aux objets qui l’entourent : un téléphone d’où la voix attendue ne vient pas, des vieux et beaux verres avec lesquels elle attend – ou pas – de pouvoir boire cette bouteille de bon vin, qui laisse imaginer, parmi beaucoup d’autres hypothèses possibles, que cet étrange et dérangeant monologue pourrait être le fruit d’un excès éthylique.
L’homme – en tout cas un homme - finit toutefois par apparaître sous les traits de l’acteur Yann Boudaud, en compagnie autre femme, plus jeune, incarnée, elle, par Solène Arbel.
Et jamais nous ne serons séparés part en tournée en novembre à Angers, en décembre à Valence, en mars à Annecy, Poitiers et Reims et en avril à Montpellier.
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INTEGRALE -EP146, autour des spectacles "Et jamais nous ne serons séparés" de Daniel Jeanneteau et Mammar Benranou, "La Distance" de Tiago Rodrigues et "Voir clair avec Monique Wittig" d’Adèle Haenel.
Une femme qui attend un homme, un père qui espère sa fille et une actrice à la recherche d’autres regards et références pour se construire et vivre… Même si elles le font à travers des esthétiques dissemblables, les trois pièces que nous évoquons aujourd’hui partent d’un manque : absence mystérieuse, définitive ou non, d’un mari dans la première ; éloignement définitif d’une enfant dans la seconde ; lacune théorique et politique pour s’orienter dans le monde quand on veut s'émanciper hors du système de l’hétérosexualité.
On évoque dans « L’esprit critique » la pièce Et jamais nous ne serons séparés, du dramaturge norvégien Jon Fosse, mise en scène par Daniel Jeanneteau et Mammar Benranou au Théâtre de Gennevilliers ; La Distance, la nouvelle pièce de portugais Tiago Rodrigues créée à Avignon cet été et qui part en tournée cet automne ; et enfin Voir clair avec Monique Wittig première mise en scène d’Adèle Haenel avec le collectif féministe DameChevaliers.
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EXTRAIT -EP145, autour du film de Radu Jude, "Dracula"
Après Dreyer, après Coppola, voici le Dracula signé Radu Jude, né à la fin des années 1970 à Bucarest et déjà auréolé d’un Ours d’or à Berlin en 2021 pour Bad Luck Banging or Loony Porn et d’un prix spécial du jury à Locarno pour N’attendez pas trop de la fin du monde en 2023.
Ce cinéaste considéré comme la tête de file de la nouvelle vague du cinéma roumain est partout sur les écrans en ce moment, puisque quelques semaines avant son Dracula qui sera en salles mercredi est sorti Kontinental’25, et qu’après le FID de Marseille en juillet, c’est le Centre Pompidou qui lui consacre actuellement une large rétrospective.
Ce Dracula de près de trois heures, rempli d’hémoglobine, de vampires mal déguisés et de sexe, qui part littéralement dans tous les sens, repose néanmoins sur un pitch simple : un scénariste en peignoir et mal d’inspiration sollicite l’Intelligence Artificielle pour l’aider à écrire son film. A chaque proposition verbale du paresseux scénariste, le logiciel s’exécute et envoie un extrait de quelques minutes, que l’on découvre à l’image.
Ces extraits tous plus laids et grotesques les uns que les autres sont enchâssées dans des scènes tournées dans la cité médiévale roumaine de Sighisoara, où vécut au XVème siècle Vlad dit l’Empaleur, devenu un parc d’attractions où se produisent notamment un couple vieillissant dans un cabaret / bordel minable promettant aux touristes fascinés accouplement avec un Dracula de pacotille voire une réelle chasse aux faux vampires dans les rues de la ville…
Dracula, signé Radu Jude, sera visible sur les écrans mercredi prochain 15 octobre.
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EXTRAIT-EP145, autour du film de Paul Thomas Anderson, "Une bataille après l'autre"
Le cinéaste Paul Thomas Anderson, l’auteur notamment de The Master ou Licorice Pizza, passe en effet à l’action, et à l’action directe, avec Une bataille après l’autre, un long-métrage truculent et turbulent librement inspiré d’un roman déjà assez déjanté de l’américain Thomas Pynchon intitulé Vineland.
Le long-métrage met en scène un groupe de révolutionnaires - féministes, antiracistes, anticapitalistes - décidés à oeuvrer à main armée pour un monde meilleur et contre la fascisation de leur société. Ils dévalisent des banques, attaquent des camps de rétention de migrants pour en libérer les détenus, font sauter des bombes au coeur du pouvoir.
Après une ellipse et la répression qui s’est abattue sur le groupe, on retrouve le personnage incarné par Leonardo DiCaprio, qui a changé de nom et de lieu de vie pour échapper à la prison, collé au plafond par les vapeurs de la drogue et plaqué au sol par l’évaporation de sa fille.
Celle-ci est en effet traquée par le colonel Lockjaw, un militaire incarné par Sean Penn, qui avait déjà mené la charge contre le groupe révolutionnaire French 75, avant de devenir membre d’une coalition de nazis suprémacistes…
Une bataille après l’autre, de Paul-Thomas Anderson, avec Leonardo di Caprio, Sean Penn, Teyana Taylor et Chase Infiniti est sorti le 26 septembre et est toujours en salles.
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EXTRAIT -EP145, autour du film de Jafar Panahi, "Un simple accident" Palme d'or 2025
lors qu’une succession d’accidents spectaculaires de puissantes voitures servait de bouquet final au feu d’artifice du film de Paul Thomas Anderson, c’est « un simple accident » pour en reprendre le titre, qui sert d’embrayeur au nouveau film du cinéaste iranien Jafar Panahi.
Sur les hauteurs de Téhéran, une famille est contrainte, après avoir écrasé un chien, d’amener sa voiture au garagiste du coin. C’est alors que l’un des employés du garage, Vahid, croit reconnaître, grâce à la démarche et à la voix du père de famille, le tortionnaire qui l’a torturé maintes fois lorsqu’il se trouvait en prison : celui-ci était en effet surnommé « guibole » à cause d’une jambe de bois ayant remplacé la véritable perdue sur le terrain syrien.
Après l’avoir enlevé et trimbalé dans un coin désert pour l’enterrer vivant, il est pris d’un doute lié aux dénégations de l’homme. Il se lance alors à la recherche d’autres victimes de la dictature iranienne et d’autres témoins capables d’identifier formellement leur bourreau : une mariée en robe blanche, une photographe ou un homme paraissant à moitié-fou…
Le film de Jafar Panahi a obtenu la Palme d’or au dernier festival de Cannes et la France, où il est-coproduit, a en fait son choix pour la course aux oscars. Il est sur les écrans depuis le 1er mars dernier.
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INTEGRALE -EP145, autour des films, « Une bataille après l’autre », de Paul Thomas Anderson, « Un simple accident » de Jafar Panahi et « Dracula » de Radu Jude.
Une bataille, un accident et un vampire. Un blockbuster à plus de 100 millions de dollars et deux films tournés avec les moyens du bord… Deux films de près de trois heures et un d’environ deux heures. Mais quoi qu’il en soit, trois films qui entendent faire cinématographiquement de la politique et pas simplement du cinéma avec de la politique.
On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » Une bataille après l’autre, du cinéaste américain Paul Thomas Anderson, puis la Palme d’or 2025 décerné à l’Iranien Jafar Panahi pour Un simple accident et enfin le Dracula du roumain Radu Jude.
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EXTRAIT -EP144, autour de « Lygia Pape. Tisser l’espace » à la Bourse du Commerce
« Lygia Pape. Tisser l’espace » est le titre de la première rétrospective en France que la Bourse du Commerce – Collection Pinault consacre, en cette rentrée et jusqu’au mois de janvier 2026, à cette figure de l’avant-garde brésilienne.
Née en 1927 et morte en 2004 à Rio de Janeiro, Lygia Pape a multiplié les pratiques artistiques dans sa vie : gravures abstraites, livres objets, films expérimentaux, performances, installations ou sculptures aussi magnétiques que cinétiques.
Lygia Pape a aussi travaillé comme graphiste, elle produit des affiches de film et même aussi l’identité visuelle d’une célèbre marque de biscuits au Brésil.
Elle est associée à des courants tel que l’art « néo-concret », la « nouvelle objectivité brésilienne » ou le « tropicalisme ».
Le commissariat de cette exposition est assuré par Emma Lavigne, directrice et conservatrice générale de la Collection Pinault avec Alexandra Bordes, responsable de projets dans cette même collection.
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EXTRAIT-EP144 autour de l'exposition "John Singer Sargent. Éblouir Paris" au Musée d'Orsay
"John Singer Sargent. Éblouir Paris" est le titre de la nouvelle exposition que propose le Musée d’Orsay depuis la fin du mois de septembre et qui sera visible jusqu’en début d’année prochaine.
Cette rétrospective est organisée à l’occasion du centenaire de la mort de Sargent, né en 1856 et mort donc en 1925, et centrée sur les années parisiennes du peintre, où il arrive à 18 ans pour étudier avec Carolus-Duran, portraitiste parmi les plus appréciés de la haute société de la Troisième République, avant de connaître une carrière fulgurante de Salon en Salon.
Avec plus de 90 œuvres qui pour beaucoup reviennent en France pour la première fois depuis leur création, l’idée force de l’exposition est de faire découvrir ou redécouvrir un peintre largement oublié de ce côté de l’Atlantique tandis qu’il est célébré, en Angleterre et aux Etats-Unis, comme l’un des artistes charnière du tournant entre le XIXe et le XXe siècle.
L’exposition est conçue en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York, les commissaires en sont Caroline Borbeau-Parsons et Paul Perrin côté Orsay en collaboration avec Stephanie Herdrich et caroline Elenowitz-Hess du côté du MET.
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EXTRAIT - EP144 autour de l'exposition « Georges de La Tour : Entre ombre et Lumière » au Musée Jacquemart-André
« Georges de La Tour : Entre ombre et Lumière » est le titre relativement convenu de la rare rétrospective que le Musée Jacquemart-André consacre à ce peintre né à la toute fin du 16ème siècle et mort en 1652. Georges de La Tour a vécu l’essentiel de sa vie en Lorraine, qui était alors encore un duché catholique indépendant, situé entre la France et le Saint-Empire.
Bien que sa carrière fût couronnée de succès et qu’il travailla pour de grands collectionneurs, dans l’entourage des ducs de Lorraine puis à la cour de France sous le règne de Louis XIII, il tomba dans un oubli presque complet pendant plusieurs siècles avant d’être redécouvert par les historiens de l’art au XXe siècle et d’être aujourd’hui considéré comme un maître du clair-obscur et un peintre attentif à sublimer par la lumière les visages et les gestes des pauvres qu’il peignit autant que les Saints et les Grands de l’époque.
Le commissariat de cette exposition qui rassemble une trentaine de tableaux sur les à peine plus de quarante originaux connus de Georges de La Tour est signé de l’historienne de l’art Gail Faigenbaum et de Pierre Curie, conservateur du Musée Jacquemart André.
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INTEGRALE-EP 144, autour des expositions « Georges de La Tour : Entre ombre et Lumière » ; « John Singer Sargent. Éblouir Paris » et « Lygia Pape. Tisser l’espace »
Un parcours menant de la Lorraine du XVIIe siècle au Paris de la fin du XIXe jusqu’au Brésil du XXe siècle : c’est ce que vous propose ce jour « L’esprit critique » consacré à trois expositions monographiques qui viennent d’ouvrir leurs portes et seront visibles jusqu’au mois de janvier 2026.
On évoque en effet successivement « Georges de La Tour : Entre ombre et Lumière » que présente le Musée Jacquemart-André à Paris ; « John Singer Sargent. Éblouir Paris » rétrospective que le Musée d’Orsay consacre au plus parisien des peintres américains, et enfin « Lygia Pape. Tisser l’espace » présenté à la Bourse du Commerce.
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EXTRAIT - Ep 143. Autour de "Borda" de Lia Rodrigues
« L’esprit critique » s’ouvre, pour cette nouvelle saison, à des spectacles de danse, pratique que l’on aborde d’habitude assez peu ici, en commençant avec le nouveau spectacle de la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues, Borda, déjà présenté en ce mois de septembre au 104 et à Chaillot pour ce qui concerne Paris.
Borda vient clore une trilogie débutée avec Furia en 2018, qui s’emparait de la violence dirigée contre les minorités en travaillant avec les favelas de Rio dans lesquelles travaille Lia Rodrigues depuis des décennies, et Encantado en 2021 qui faisait jaillir une lutte libératrice inspirée des traditions spirituelles africaines et amérindiennes.
Ici, on peut interpréter de 1000 manières ce spectacle, d’autant que Borda est un terme particulièrement polysémique, qui peut signifier aussi bien « frontières », « limites », « confins », « seuil », que « rêve », « fantasme » ou « broderie ».
Le spectacle, que l’on peut regarder comme une alchimie réussie, puisqu’il transforme en trésor chorégraphique ce que l’on prend habituellement comme des déchets, des rebuts - en l’occurrence des bouts de chiffon et de toiles plastiques – a été créé à l’occasion des 35 ans de la compagnie de Lia Rodrigues et utilise de nombreux costumes utilisés pendant les différentes performances de la troupe.
Borda sera prochainement visible au théâtre Joliette à Marseille, à la Comédie de Valence puis à la Comédie de Clermont-Ferrand.
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EXTRAIT -Ep 143 autour de "The Last Supper" du collectif MEXA.
The Last Supper ou le dernier repas en bon français, est la proposition, autour de la fameuse scène de la Cène christique, du collectif brésilien Mexa, dans le cadre de la carte blanche que le Festival d’Automne et la Maison des Métallos ont donné à la Casa do Povo pendant deux semaines de ce mois de septembre.
La Casa de Povo a été créée en 1946 à Sao Paulo par une constellation d’associations juives antifasciste et conçue à la fois comme un lieu dédié au souvenir des morts de la Shoah et un centre culturel.
Depuis le début des années 2010, cette « maison du peuple » est un lieu occupant une place singulière dans la métropole brésilienne, accueillant des collectifs aussi bien professionnels qu’amateurs qui y développent des activités artistiques, mais aussi sportives ou sociale, tout le monde participant à la gestion et à la programmation du lieu.
Parmi les invités de cette carte blanche qui a transformé physiquement la Maison des Métallos notamment par l’installation d’un ring de boxe accessible à toustes dans l’entrée, le collectif Mexa, fondé en 2015 après la montée des violences de genre dans les refuges pour sans-abris de Sao Paulo propose un spectacle à la fois théâtral et culinaire. The Last Supper sera visible au mois d’octobre à Marseille dans le cadre du Festival Actoral.
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EXTRAIT - Ep143 autour de "Portrait de Rita" de Laurène Marx
Portrait de Rita est un seul-en-scène interprété par Bwanga Pilipili, sur un texte et une mise en scène de Laurène Marx, fondé sur des entretiens que l’actrice et la metteuse en scène ont mené avec Rita Nkat Bayang, femme camerounaise arrivée en Belgique.
La pièce évoque son histoire et celle de son fils de 9 ans, Mathis, plaqué au sol par la police pour avoir lancé un caillou, une brique ou un parpaing – la version varie entre les policiers, la directrice de l’école et les autres personnes présentes – sur un camarade d’école qui l’injuriait de façon raciste.
Bwanga Pilipili, elle-même originaire de la République Démocratique du Congo, raconte donc, seule face au micro et en robe à fleur chatoyante, l’histoire d’une femme de Yaoundé arrivée en Belgique pour rejoindre un homme prénommé Christian, sur un texte écrit par Laurène Marx, artiste blanche et trans soucieuse, comme il est dit dans le dossier de presse, « d’éviter la récupération ».
Ce Portrait de Rita est présenté à Théâtre Ouvert à Paris jusqu’au 30 de ce mois en même temps que deux pièces plus anciennes de Laurène Marx, Jag et Johnny et Pour un temps sois peu, avant une conséquente tournée en France puisqu'il sera ensuite visible au Mans, au Théâtre National de Strasbourg, à l’Université de Lille puis au Théâtre National Wallonie Bruxelles.
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INTEGRALE - Ep143 Spectacles, autour des pièces de Laurène Marx ("Portrait de Rita"), du collectif Mexa ("The Last Supper") et Lia Rodrigues ("Borda")
Du Brésil à la Belgique, en passant par Yaoundé, ce sont trois propositions situées à la lisière du théâtre que s’intéresse aujourd’hui « L’esprit critique », avec un « stand up triste », un festin scénique à la fois festif et funèbre ainsi qu’une sublimation chorégraphique de la matière plastique.
On évoque aujourd’hui la nouvelle proposition de l’autrice et metteuse en scène Laurène Marx, intitulée Portrait de Rita ; la mise en scène de la Cène pas le collectif trans et brésilien Mexa baptisée The Last Supper et enfin Borda de la danseuse et chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues.
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L'esprit critique n°142 autour de "Kolkhoze", d'Emmanual carrère
« Une admirable fresque familiale » pour Télérama, un « voyage virtuose » pour Libération, un « grand Carrère » pour Le Monde, une « déclaration d’amour absolu » pour Le Figaro… Concernant le nouvel ouvrage d’Emmanuel Carrère, intitulé Kolkhoze et publié comme les précédents aux éditions POL, la lecture des principaux titres de la presse ressemble à ces affiches de film sur lesquelles les services de com’ n’inscrivent que des termes dithyrambiques en les extrayant – parfois à contresens – ici ou là.
Pour entendre un autre son de cloche, il faut se tourner vers des publications plus confidentielles mais plus incisives. Ainsi du site Collateral où, dans leur édito de rentrée, Simona Crippa et Johan Faerber atomisent une « paresseuse enquête », une « absence d’écriture », le roman « d’un nepobaby, qui fait de la gloire maternelle une manière de rente médiatique sans vergogne », mais aussi et surtout le « jeu trouble » avec l’extrême droite entretenu tout au long de ce récit consacré à sa famille et à sa mère, l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse, famille et figure maternelle ayant d’ailleurs elles-mêmes pu flirter avec les droites radicales.
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L'esprit critique n°142, autour du livre de Laura Vazquez, "Les Forces"
Les Forces est le titre du nouveau livre, publié aux éditions du Sous-Sol, de Laura Vazquez, couronnée du Goncourt de la poésie en 2023, l’année où elle publia une « épopée versifiée » intitulée Le Livre du large et du long.
Les Forces constitue le deuxième roman de Laura Vazquez, après La Semaine perpétuelle, mais il s’agit autant d’une narration à la première personne que d’une réflexion philosophique et polyphonique, composée de nombreuses citations.
Les Forces est composé comme un roman de formation, débutant avec le départ de la narratrice d’une cellule familiale, froide, blanche et propre, et commence par cette phrase : « Les heures étaient longues dans mon enfance, mais je ne me suis pas tuée ? » Mais il est peut-être moins question pour son personnage principal d’un récit d’apprentissage que de désapprentissage, puisqu’il s’agit de se libérer de tout ce que le monde a de normal, d’habituel et de déjà mort, en se livrant, pour ce faire, aux forces de la poésie et du langage, mais aussi du rire.
Pénétrant plus avant dans des univers contaminés par des logiques oniriques permettant de rompre avec un certain réel, la narratrice rencontre au fond d’un bar Claudie, « une vieille lesbienne des temps jadis » qui lui sert de pythie et de conseillère pour l’écriture de poèmes, en lui citant Simone Weil, Plotin ou le mathématicien Alexandre Grothendieck, puis se rend dans une « maison des morts » où toutes les personnes qu’elle croise sont « en train d’essayer de mourir » mais « en utilisant des formes parfaites », ou encore dans un immeuble des « diverses sectes réunies ».
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L'esprit critique n°142, autour des romans d'Emmanuel Carrère ("Kolkhoze"), de Laura Vazquez ("Les Forces") et Rosario Villajos ("L'éducation physique")
« Est-ce que face à l’effondrement de notre civilisation voire l’extinction de notre espèce ce n’est pas être complètement à côté de la plaque d’écrire sur sa petite vie finissante, sur sa petite famille, sur la jeunesse de ses parents ? »
La question que pose, de façon à la fois liminaire et rhétorique, Emmanuel Carrère dans son nouveau livre pourrait s’appliquer à beaucoup de romans de cette rentrée littéraire saturée de figures paternelles et, encore plus, maternelles.
On n’échappera pas, pour ouvrir cette nouvelle saison de « L’esprit critique » littérature, à ce questionnement, puisqu’on évoque aujourd’hui d’abord Kolkhoze, nouvel opus d’Emmanuel Carrère, et les problèmes politiques et littéraires qu’il devrait soulever mais qui demeurent largement enfouis sous un accueil critique bien trop unanime.
Et puisqu’on parle ensuite de deux ouvrages dont les deux narratrices sont également prises dans une gangue familiale, même si l’une parvient à s’échapper grâce à la poésie et à la philosophie, tandis que l’autre est contrainte au retour au bercail en autostop. Le premier s’intitule Les Forces et est signé Laura Vazquez. Le second est titré L’Éducation physique et paraît sous la plume de l’Espagnole Rosario Villajos.
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L'esprit critique n°142, autour de "L'éducation physique" de Rosario Villajos
L’Éducation physique est le titre du livre publié par les éditions Métailié de l’écrivaine espagnole Rosario Villajos, qui est son premier traduit en français, par Nathalie Serny. II n’est pas sans rapport avec l’ouvrage dont on vient de parler, dans la mesure où il met également en scène une jeune femme, confrontée à un milieu familial étouffant et à un monde social rebutant, même si Rosario Villajos aborde ces thématiques avec moins d’invention poétique que Laura Vazquez.
Ici, le roman se déroule sur un soir de l’été 1994, de 18 h 15 à 21 h 45 précisément, lorsque Catalina, âgée de 16 ans, quitte précipitamment la maison de son amie et se retrouve obligée de faire du stop, dans la crainte de faire de mauvaises rencontres, mais aussi dans la peur de ne pas pouvoir respecter le couvre-feu que lui imposent ses parents. Ces derniers aimeraient la voir rester docile dans la vie repliée que la famille mène, au nom de la grave maladie qu’a eue la narratrice quand elle était enfant, mais surtout de tous les dangers qui guettent un corps féminin dès qu’il se trouve dehors.
Un livre qui porte donc, comme l’écrit l’autrice, sur « la malédiction d’avoir un corps », dans la mesure où si Catalina « continue à le cacher, elle ne le laisse pas exister ; si elle le montre, elle a l’impression qu’il n’existe qu’à travers le regard des hommes ».
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L'esprit critique n°141, autour du film Sirât, d'Oliver Laxe
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L'esprit critique N°141, autour du film Connemara, d'Alex Lutz
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L'esprit critique n°141, autour du film "Oui", de Nadav Lapid
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L'esprit critique n°141, autour des films d'Oliver Laxe ("Sirât"), Alex Lutz ("Connemara") et Nadav Lapid ("Oui")
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L'esprit critique n°140, autour des pièces " Le Canard Sauvage" de Thomas Ostermeier, "Affaires Familiales" d'Emilie Rousset et "MAMI" de Mario Banushi
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L'esprit critique n°140, autour de la pièce de Thomas Ostermeier, "Le Canard sauvage"
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L'esprit critique n°140 autour de la pièce d'Emilie Rousset, "Affaires familiales"
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L'esprit critique n°140, autour de la pièce de Mario Banushi, MAMI
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L'esprit critique n°139, autour des expositions « Artemisia » , « Banlieues chéries » et « Disco. I’m coming out »
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L'esprit critique n°139, autour de l'exposition "Artemisia. Héroïne de l'art" au musée Jacquemart-André
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L'esprit critique n°139, autour de "Disco. I'm coming out", à la Philharmonie de Paris
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L'esprit critique n°139, autour de "Banlieues Chéries" à la Cité de l'Immigration
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L'esprit critique n°138, autour de la rétrospective Mohamed EL-Khatib au Grand Palais
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L'esprit critique n°138, autour de la pièce de Christoph Marthaler
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L'esprit critique n°138, autour de "Romancero Queer" de Virginie Despentes
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L'esprit critique n°138 autour de "Romancero Queer" de Virginie Despentes, "Le Sommet" de Christoph Marthaler et de la rétrospective Mohamed El-Khatib
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L'esprit critique n°137, autour de "Vies et morts de Sophie Blind" de Susan Taubes
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L'esprit critique n°137, autour de "La Nuit ravagée" de Jean-Baptiste Del Amo
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L'esprit critique n°137, autour de "Vies et morts de Sophie Blind" de Susan Taubes
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L'esprit critique n°137, autour de "La Nuit ravagée" de Jean-Baptiste Del Amo ; "Toutes les époques sont dégueulasses" signé Laure Murat et "Vies et morts de Sophie Blind" de Susan Taubes
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L'esprit critique n°136, autour du film "Another End" de Piero Messina
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L'esprit critique n°136, autour de "Les Maudites" de Pedro Martin-Calero
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L'esprit critique n°136 : un état du cinéma fantastique
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L'esprit critique n°135, autour de "Chime" et "Cloud" de Kiyoshi Kurosawa
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L'esprit critique n°135, autour de "Pistes" de Penda Diouf
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L'esprit critique n°135, autour de "Black-Label" de David Bobée
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L'esprit critique n°135, autour "d’Histoire(s) décoloniale(s) : portraits croisés" de Betty Tchomanga
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L'esprit critique n°135 : un nouveau théâtre décolonial
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L'esprit critique n°134, autour de « La traduction du monde » de Juan Gabriel Vasquez au Seuil.
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L'esprit critique n°134, autour de « L’invention de Tristan » signé Florian Bosc et publié chez Stock
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L'esprit critique n°134, autour de « L’inventaire des rêves » de Chimamanda Ngozi Adichie chez Gallimard
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L'esprit critique n°134, autour de « L’inventaire des rêves » de Chimamanda Ngozi Adichie, « L’invention de Tristan » signé Florian Bosc et des essais littéraires de Juan Gabriel Vasquez intitulés « La traduction du monde ».
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L'esprit critique n°133 : Comment le cinéma a inventé l'IA
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L'esprit critique n°132, autour du roman de Samy Langeraert "Le chant du merle humain" publié chez Verdier
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L'esprit critique n°132, autour de "Le chant du merle humain", roman de Samy Langeraert, "Sarabandes X", signé Corentin Durand et "Esquilles" de Leslie Jamison.